Entre assainissement administratif et quête de transparence, la Commission ad hoc révèle des failles dans le système de gestion des agents publics
La quête de la maîtrise de la masse salariale publique franchit une nouvelle étape en République démocratique du Congo. Lors de la 92ᵉ réunion du Conseil des ministres tenue vendredi dernier, la Première ministre Judith Suminwa a présenté l’état d’avancement de l’audit consacré à l’état liquidatif de la paie des agents et fonctionnaires de l’État.
Les premières conclusions issues des travaux de la Commission ad hoc mettent en lumière plusieurs zones d’ombre dans le dispositif actuel de gestion des ressources humaines publiques. Les vérifications effectuées révèlent des incohérences entre les différentes sources d’informations administratives utilisées par les services de l’État.
Derrière les chiffres et les fichiers informatiques se dessine ainsi un enjeu majeur : celui de restaurer l’ordre, la fiabilité et la traçabilité dans la chaîne de rémunération publique.
Des bases de données qui ne reflètent pas encore toute la réalité administrative
Les investigations menées par la Commission ad hoc ont permis d’identifier des écarts significatifs entre plusieurs bases de données détenues par les administrations publiques. Certaines informations relatives aux effectifs, aux situations administratives des agents et aux éléments entrant dans le calcul de la dépense salariale nécessitent encore des opérations de contrôle approfondies.
Selon les conclusions communiquées au Conseil des ministres, ces anomalies traduisent l’absence, à ce stade, d’un référentiel unique et totalement fiable regroupant l’ensemble des agents et fonctionnaires régulièrement pris en charge par l’État.
Cette situation fragilise non seulement la planification budgétaire, mais également les mécanismes de contrôle et de pilotage de la fonction publique. La cohérence entre les systèmes informatiques, la qualité des données administratives et la sécurisation du processus de paie figurent désormais parmi les priorités du gouvernement.

La méthode du gouvernement : retrouver la « pierre cachée » du système
Dans une démarche qui s’apparente à une œuvre de reconstruction méthodique, l’exécutif veut identifier les imperfections du système afin de poser les fondations d’une administration plus structurée. Chaque donnée examinée, chaque fichier comparé et chaque anomalie détectée constituent une étape vers une meilleure connaissance de l’architecture administrative de l’État.
Le 5 juin 2026, Judith Suminwa a présidé une réunion technique de coordination à la Primature avec les principaux acteurs impliqués dans cet exercice. La rencontre a réuni la coordination politique de l’audit, l’Inspection générale des finances ainsi que les experts désignés par le vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique.
L’objectif était d’évaluer les progrès réalisés, d’harmoniser les approches et de garantir la disponibilité des informations nécessaires pour poursuivre les travaux dans les délais impartis.
Une volonté politique portée au sommet de l’État
Cet audit répond aux orientations données par le président Félix Tshisekedi lors des 79ᵉ et 90ᵉ réunions du Conseil des ministres. Le chef de l’État avait insisté sur la nécessité de poursuivre les opérations de vérification afin de renforcer la gouvernance publique et d’améliorer la gestion des ressources de l’État.
Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse la simple question salariale. Il s’agit de bâtir un système où chaque agent identifié correspond à une réalité administrative vérifiable, où les ressources publiques sont protégées et où la dépense de l’État repose sur des bases maîtrisées.
Vers un fichier unique et sécurisé des agents publics
À l’issue de cette phase d’audit, l’exécutif ambitionne de disposer d’un fichier consolidé des agents et fonctionnaires, capable de servir de référence pour toutes les opérations liées à la gestion des carrières et au paiement des rémunérations.
La Première ministre a ainsi appelé les administrations concernées à accélérer la transmission des documents et données nécessaires. Elle a rappelé que la réussite de cette deuxième phase dépendra essentiellement de la disponibilité d’informations complètes, fiables et exploitables.
Le vice-Premier ministre chargé du Budget a, pour sa part, reçu la mission de veiller à l’application de la feuille de route adoptée par le gouvernement.
Dans un contexte où la masse salariale figure parmi les dépenses les plus importantes du budget national, les autorités considèrent cet audit comme un travail de purification administrative : une opération destinée à séparer le réel de l’incertain, à renforcer la confiance dans les institutions et à inscrire la gestion publique dans une logique de rigueur et de transparence.















