PHC brise le silence : « Il n’y a jamais eu de bradage des actions de l’État »

Par Fulgence Milay

Au cœur de la polémique, la société démonte les accusations et renvoie l’État à ses propres responsabilités

Alors que la controverse enfle autour de la prétendue cession à bas prix des parts de l’État congolais au sein de Plantations et Huileries du Congo (PHC S.A.), l’entreprise est sortie de sa réserve. Dans une mise au point musclée rendue publique ce lundi 1er juin 2026, la direction de PHC rejette catégoriquement toute idée de bradage et affirme que les critiques relayées ces derniers jours reposent sur une interprétation erronée des faits.

Pour la société, la réalité est simple : l’État congolais n’aurait jamais été actionnaire effectif de PHC, faute d’avoir libéré les fonds correspondant aux actions qui lui avaient été attribuées lors de la création de l’entreprise.

La question qui fâche : l’État possédait-il réellement ces actions ?

C’est le point central du débat.

Selon les explications fournies par PHC, les statuts de la société prévoyaient effectivement une participation de 23,76 % au bénéfice de l’État congolais. Mais cette participation était conditionnée à un apport financier évalué à près de 85 millions de dollars.

Or, affirme l’entreprise, malgré plusieurs appels de fonds adressés aux autorités pendant plus de vingt ans, cet engagement n’a jamais été honoré.

Pour PHC, il est donc juridiquement inexact de parler d’une perte ou d’une vente d’actions appartenant à l’État, dès lors que celui-ci n’aurait jamais procédé à la libération effective de sa souscription.

Christian Kabuya : « L’État n’a jamais payé sa dette sociale »

Face aux accusations, le directeur des relations publiques et institutionnelles de PHC, Christian Kabuya, s’est montré particulièrement ferme.

Selon lui, la société fait aujourd’hui l’objet d’un « procès d’intention » alimenté par des considérations étrangères à la réalité économique du dossier.

« L’État congolais n’a jamais payé sa dette sociale. Il est sorti sans payer cette dette. Au contraire, cette sortie lui profite encore puisque PHC continue de payer taxes et redevances », a-t-il déclaré.

Pour le responsable de PHC, il n’existe aucune base permettant de soutenir la thèse d’une éviction ou d’un dépouillement de l’État.

« PHC est une société commerciale et apolitique. Dans ce cadre, l’État est considéré comme un partenaire économique parmi d’autres. Il s’est désisté après avoir reconnu son incapacité à honorer ses engagements financiers », a-t-il insisté.

Une entreprise qui revendique son impact social

Au-delà du débat juridique, PHC met en avant son poids économique et social dans plusieurs provinces du pays.

L’entreprise affirme employer plus de 11 000 travailleurs sous contrat direct et soutenir de nombreuses infrastructures communautaires dans ses zones d’exploitation.

Parmi les réalisations citées figurent :

– Quatre hôpitaux de référence ;

– Quinze centres de santé ;

– Trente-six écoles mises à la disposition de l’État ;

– La prise en charge gratuite de certaines interventions sanitaires lors des épidémies.

Pour la direction, toute déstabilisation de l’entreprise pourrait avoir des conséquences importantes sur l’emploi, la sécurité sociale et les recettes publiques dans les provinces concernées.

Le droit OHADA au centre de la défense de PHC

Pour étayer la position de la société, Maître Chrispain Buangi s’est appuyé sur les dispositions du droit OHADA relatives au fonctionnement des sociétés commerciales.

Selon l’avocat, la situation relève exclusivement du droit des affaires et non du droit public.

« L’État congolais avait souscrit des actions mais ne les a jamais libérées. Face à cette situation, les actionnaires ont été amenés à statuer conformément aux textes en vigueur », explique-t-il.

L’homme de loi souligne également que la décision ayant conduit au retrait de l’État aurait été prise dans le strict respect des procédures prévues par les statuts de la société.

Plus encore, affirme-t-il, le représentant de l’État au sein du Conseil d’administration aurait lui-même approuvé la résolution consacrant ce désengagement.

« La décision a été adoptée à l’unanimité, y compris avec le vote favorable du représentant de l’État », soutient-il.

2025 : le tournant décisif

Le dossier a connu une accélération majeure en 2025 lorsque PHC a engagé un programme de modernisation de ses installations industrielles.

Dans le cadre de cette opération, la société a sollicité de nouveaux apports financiers auprès de ses actionnaires.

Selon la direction :

– L’État congolais devait contribuer à hauteur de 20 millions de dollars ;

– Les partenaires privés devaient mobiliser 70 millions de dollars.

PHC affirme que les autorités ont officiellement fait savoir qu’aucune ligne budgétaire ne permettait de répondre à cette demande.

Face à cette impossibilité, l’actionnaire privé majoritaire aurait assumé seul les besoins de financement nécessaires à la poursuite des activités de l’entreprise.

« Une campagne fondée sur une contre-vérité »

Pour PHC, les accusations de bradage reposent sur une confusion fondamentale.

La société rappelle qu’il ne peut y avoir vente ou liquidation d’un patrimoine qui n’aurait jamais été effectivement constitué.

« Parler de bradage d’actions jamais libérées est une contre-vérité », martèle la direction.

L’entreprise estime en outre que cette polémique risque de nuire à la confiance des investisseurs et de fragiliser les efforts entrepris pour améliorer le climat des affaires en République démocratique du Congo.

PHC refuse l’instrumentalisation politique

Dans son message final, la société appelle à sortir le dossier du terrain politique.

Elle affirme ne vouloir être ni l’otage ni le champ de bataille de querelles partisanes qui dépassent largement le cadre de sa gestion.

Pour ses dirigeants, les débats devraient être recentrés sur les réalités juridiques et économiques du dossier plutôt que sur les considérations politiques.

Entre responsabilités et controverses

Alors que la polémique continue d’alimenter le débat public, PHC maintient sa ligne de défense : l’État congolais n’aurait jamais concrétisé sa participation au capital de l’entreprise malgré plusieurs décennies d’opportunités.

Une position qui, si elle se confirme, soulève une question sensible : comment expliquer qu’un actionnaire n’ayant jamais honoré ses engagements financiers puisse aujourd’hui revendiquer des droits sur des actions qu’il n’aurait jamais effectivement acquises ?

C’est désormais sur ce terrain juridique et économique que se joue l’un des dossiers les plus commentés du moment.

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