RDC : au dialogue national, Éric Lubamba Ngimbi plaide pour faire de l’agriculture un pilier de la paix et du développement au Kongo Central

Par Fulgence Milay

Le notable Éric Lubamba Ngimbi propose de placer la relance agricole au cœur du dialogue national pour la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État. Dans une contribution datée du 8 octobre 2026 à Boma, il défend une approche qui lie production agricole, création d’emplois pour les jeunes, sécurité alimentaire et transformation économique de la province.

Alors que la République démocratique du Congo cherche des voies durables pour consolider la paix et renforcer la cohésion nationale, la relance de l’agriculture apparaît comme un levier stratégique susceptible de répondre simultanément aux défis économiques et sociaux. C’est le sens de la contribution soumise par Éric Lubamba Ngimbi au dialogue national, avec un accent particulier sur les potentialités du Kongo Central.

Pour ce notable, la paix ne saurait se limiter aux accords politiques et aux engagements institutionnels. Elle doit également se construire à partir des conditions de vie des populations, de l’accès à l’emploi et de la capacité des ménages à satisfaire leurs besoins essentiels. Dans cette perspective, l’agriculture est appelée à dépasser son rôle traditionnel de subsistance pour devenir un véritable moteur de croissance, de création de richesses et de stabilité sociale.

Le potentiel agricole du Kongo Central, une richesse à mieux valoriser

Le Kongo Central dispose de plusieurs atouts favorables au développement agricole, notamment des terres arables, une diversité de productions possibles et une position géographique stratégique, à proximité d’importants centres de consommation.

Cependant, selon l’analyse développée dans cette contribution, ces avantages ne se traduisent pas suffisamment par des revenus satisfaisants pour les producteurs, des emplois durables et une disponibilité permanente des denrées alimentaires à des prix accessibles.

Face à ce constat, Éric Lubamba Ngimbi appelle à repenser le modèle agricole provincial. L’enjeu ne consiste pas uniquement à augmenter les volumes de production, mais aussi à organiser les circuits économiques qui permettent aux producteurs de tirer un bénéfice réel de leur travail.

L’amélioration de l’accès aux semences de qualité, aux équipements adaptés et aux techniques agricoles performantes figure parmi les pistes avancées. À cela s’ajoutent la réhabilitation des routes de desserte agricole, la construction d’infrastructures de stockage et de conservation, ainsi que le développement d’unités locales de transformation.

L’objectif est de structurer de véritables chaînes de valeur, depuis la production jusqu’à la commercialisation, afin de réduire les pertes après récolte et d’améliorer les revenus des exploitants.

Agriculture et paix sociale : miser sur l’emploi et la dignité

Au-delà de la production, la contribution établit un lien direct entre développement agricole et consolidation de la paix sociale. Le chômage des jeunes, la faiblesse des revenus ruraux et les difficultés d’accès aux produits alimentaires peuvent accentuer la précarité et le sentiment d’exclusion.

À l’inverse, une agriculture mieux organisée pourrait offrir de nouvelles perspectives économiques aux populations, limiter l’exode des jeunes et renforcer les échanges entre les territoires producteurs et les centres urbains.

Pour concrétiser cette ambition, Éric Lubamba Ngimbi propose la mise en place d’un Contrat provincial pour l’emploi agricole des jeunes. Ce mécanisme reposerait sur cinq axes : la formation professionnelle, l’accès sécurisé à la terre, le financement des activités agricoles, l’accompagnement technique des entrepreneurs et l’organisation des débouchés commerciaux.

Cette proposition vise à faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs agricoles, capables de créer des emplois non seulement dans les champs, mais également dans le transport, le stockage, la transformation, la distribution et la commercialisation des produits.

L’approche défendue repose ainsi sur une conception élargie de l’agriculture, considérée comme un secteur d’entrepreneuriat, d’innovation et d’insertion professionnelle.

Un fonds provincial pour faciliter l’accès au financement

L’accès au financement constitue un autre défi majeur identifié dans cette contribution. De nombreux producteurs disposent de l’expérience et de la volonté nécessaires pour développer leurs activités, mais restent confrontés au manque de moyens pour acheter les intrants, renouveler les équipements ou commercialiser leurs récoltes dans de bonnes conditions.

Pour y remédier, le notable suggère d’étudier la création d’un Fonds provincial de développement agricole du Kongo Central. Celui-ci pourrait soutenir les petits producteurs, les coopératives, les jeunes entrepreneurs et les projets de transformation présentant un intérêt économique et social démontré.

Son financement pourrait notamment provenir d’une dotation provinciale, de partenariats avec les institutions financières, de programmes nationaux, de contributions des partenaires au développement et d’investissements privés.

Toutefois, cette proposition s’accompagne d’une exigence de gouvernance. L’auteur insiste sur la nécessité de réaliser préalablement une étude de faisabilité, de définir des critères transparents de sélection des projets et de mettre en place des mécanismes de contrôle et d’évaluation.

L’enjeu est d’éviter la création d’une structure administrative supplémentaire sans retombées concrètes pour les bénéficiaires. Les financements devraient, selon lui, privilégier les projets capables d’accroître la production, de créer des emplois et d’améliorer durablement les revenus agricoles.

Routes, stockage et transformation : les conditions d’une agriculture compétitive

La modernisation du secteur agricole passe également par le désenclavement des bassins de production. Dans les zones rurales, l’insuffisance des infrastructures peut rendre le transport coûteux, compliquer l’accès aux marchés et favoriser les pertes de récoltes.

Éric Lubamba Ngimbi préconise donc un programme prioritaire de réhabilitation des routes de desserte agricole, fondé sur une cartographie des bassins de production et une évaluation des besoins.

Ce programme devrait être accompagné d’investissements dans les marchés ruraux, les centres de stockage, les installations de conservation et les unités de transformation.

Le manioc, le maïs, les bananes, les produits maraîchers et l’huile de palme sont notamment cités parmi les filières susceptibles d’offrir des possibilités de valorisation, en fonction des caractéristiques et du potentiel de chaque territoire.

Pour le promoteur de cette démarche, la transformation locale permettrait de conserver une plus grande part de la valeur ajoutée au sein de la province, tout en créant des emplois supplémentaires. Mais ces investissements devraient être conçus en fonction des volumes de production disponibles, des besoins des consommateurs et de la viabilité économique des projets.

Une gouvernance agricole fondée sur des objectifs mesurables

Au-delà des investissements, la réussite de la relance agricole dépendra également de la qualité de la gouvernance et de la coordination entre les différents acteurs.

La contribution propose l’élaboration d’un Plan provincial de relance agricole, précédé d’un diagnostic approfondi du secteur. Ce document stratégique devrait identifier les filières prioritaires, les besoins en infrastructures, les contraintes foncières, les capacités de production, les possibilités de financement et les débouchés commerciaux.

Il devrait également préciser les responsabilités des intervenants, les ressources à mobiliser, le calendrier d’exécution et les résultats attendus.

Un dispositif de suivi et d’évaluation permettrait de mesurer les progrès accomplis en matière de production, d’emplois créés, de revenus agricoles, de réduction des pertes après récolte et d’accès aux produits alimentaires.

L’auteur insiste par ailleurs sur la transparence dans la gestion des ressources publiques, la reddition des comptes et la nécessité de recenser les programmes agricoles déjà existants afin de mobiliser les financements disponibles et d’éviter la duplication des interventions.

Sept recommandations pour le dialogue national

Dans sa contribution, Éric Lubamba Ngimbi soumet sept recommandations à l’attention des participants au dialogue national. Il plaide notamment pour la reconnaissance de l’agriculture comme priorité stratégique du développement du Kongo Central, l’étude de la création d’un fonds provincial, le désenclavement des bassins de production et la mise en place d’un dispositif consacré à l’emploi agricole des jeunes.

Il recommande également de promouvoir la transformation locale, de renforcer la gouvernance du secteur à travers un plan provincial assorti d’objectifs mesurables et de développer des partenariats entre producteurs, institutions financières, entreprises et programmes publics.

Ces propositions devraient, selon lui, déboucher sur un plan d’action chiffré précisant les responsabilités, les sources de financement, les échéances et les indicateurs de résultats.

La démarche se veut donc davantage opérationnelle que déclarative. Elle appelle à transformer les orientations politiques en engagements concrets, financés et soumis à une évaluation régulière.

Faire de l’agriculture un investissement dans la paix

À travers cette contribution, Éric Lubamba Ngimbi défend une conviction centrale : la consolidation de la paix et la refondation économique de l’État passent aussi par la valorisation des ressources locales et l’amélioration des conditions de vie des populations.

Pour le Kongo Central, l’agriculture pourrait ainsi constituer un point de convergence entre les impératifs de sécurité alimentaire, la lutte contre la pauvreté, la création d’emplois et le développement des territoires.

Reste désormais la question essentielle de la mise en œuvre. La concrétisation de ces propositions nécessitera un diagnostic technique et financier, des arbitrages budgétaires, une coordination institutionnelle efficace et une volonté politique durable.

En définitive, le message porté par cette contribution au dialogue national est clair : l’agriculture ne doit plus être considérée comme un secteur secondaire, mais comme un investissement stratégique dans la paix sociale, la prospérité du Kongo Central et la refondation économique de la République démocratique du Congo.

Contribution soumise au dialogue national par Éric Lubamba Ngimbi, notable. Boma, le 8 octobre 2026.

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