À Kinshasa, la question de la desserte en électricité reste au cœur des préoccupations des ménages et des entreprises.
Pour faire le point sur la situation et présenter les réponses envisagées, le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, et le directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL SA), Teddy Luamba, ont coanimé, jeudi 1er octobre à Kinshasa, un briefing de presse consacré à l’état du secteur électrique en République démocratique du Congo.
Cette rencontre, placée sous le signe de la redevabilité, a permis aux responsables de la SNEL et du gouvernement de revenir sur les difficultés qui affectent actuellement la desserte, tout en présentant les mesures engagées pour renforcer la production, assainir le réseau et améliorer progressivement la qualité du service.
Plus de 180 MW récupérés grâce à l’assainissement du réseau
Au cours de son intervention, le directeur général de la SNEL a mis en avant les efforts entrepris pour améliorer l’efficacité du réseau de distribution. Selon Teddy Luamba, l’assainissement du réseau a déjà permis de récupérer plus de 180 mégawatts (MW), une capacité qui contribue désormais à renforcer l’offre disponible.
Cette opération s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire les pertes, optimiser les infrastructures existantes et permettre à la société nationale d’électricité de tirer davantage profit de ses capacités disponibles.
Malgré ces avancées, l’écart entre l’offre et la demande demeure important, particulièrement dans la capitale.

Kinshasa face à un déficit de près de 500 MW
D’après les données présentées par le DG de la SNEL, Kinshasa aurait besoin d’environ 1 200 MW, alors que la capitale ne bénéficie actuellement que d’un peu moins de 700 MW.
À l’échelle de la production d’Inga, dont le potentiel évoqué lors du briefing atteint environ 2 800 MW, cette situation traduit une pression importante sur le système électrique, alors que la demande continue de progresser dans une métropole de plusieurs millions d’habitants.
Ce déficit contribue directement aux délestages et aux perturbations de la desserte observées dans plusieurs quartiers de Kinshasa.
La baisse du niveau des eaux affecte la production d’Inga
Pour expliquer les difficultés actuelles, Teddy Luamba a notamment évoqué les conséquences de la saison sèche sur le niveau des eaux du fleuve Congo et de ses affluents.
La baisse du débit affecte une partie des installations hydroélectriques d’Inga et entraîne une diminution de la puissance effectivement disponible. Cette contrainte saisonnière vient ainsi accentuer un déficit structurel déjà présent entre la production disponible et les besoins de la capitale.
Pour maintenir une alimentation minimale des différents secteurs de Kinshasa, la SNEL a donc mis en place un système de rotation.

Un système de rotation de 12 heures sur 24
Face à la réduction de la puissance disponible, la SNEL applique actuellement une stratégie de desserte tournante. Le principe consiste à organiser l’alimentation des différents quartiers selon une rotation de 12 heures sur 24, afin de répartir la capacité disponible entre les différentes zones de la capitale.
Cette organisation permet à la société de maintenir la fourniture dans plusieurs secteurs, malgré les contraintes pesant sur la production.
La SNEL assure toutefois vouloir travailler à une amélioration progressive de cette situation grâce à l’augmentation de l’offre énergétique et à la modernisation de son outil de production et de distribution.
La piste du thermique pour compenser le déficit hydroélectrique
Pour faire face à la baisse saisonnière de la production hydroélectrique, la SNEL entend également diversifier ses sources d’approvisionnement.
Le recours à l’énergie thermique, notamment à partir du fioul ou du gaz, fait partie des options envisagées pour sécuriser davantage l’alimentation électrique.
Dans cette logique, certains équipements ont également été retirés du réseau afin de prévenir des incidents susceptibles d’aggraver les perturbations et de provoquer des pannes plus importantes

Un « bateau-centrale » devrait apporter 135 MW supplémentaires
L’une des principales annonces du briefing concerne l’arrivée prochaine de 135 MW supplémentaires destinés à renforcer la desserte de Kinshasa.
Cette capacité doit être fournie dans le cadre d’un partenariat stratégique avec un opérateur spécialisé, à travers une centrale flottante, communément appelée « bateau-centrale ».
Cette infrastructure devrait permettre d’injecter une capacité supplémentaire dans le réseau et de réduire progressivement la pression exercée sur l’offre actuelle.
« Sur un besoin global de 2 800 MW produits par Inga, Kinshasa à elle seule nécessite 1 200 MW. Malheureusement, elle n’en bénéficie qu’à peine de 700 MW. Grâce à l’assainissement du réseau, nous avons récupéré 180 MW, et nous attendons les 135 MW du bateau-centrale pour améliorer sensiblement la desserte », a expliqué Teddy Luamba.
L’arrivée de cette nouvelle capacité constitue ainsi l’un des leviers sur lesquels compte la SNEL pour améliorer la disponibilité de l’électricité dans la capitale.
Un chatbot pour recueillir les réclamations des abonnés
Au-delà de la production, la SNEL entend également améliorer sa relation avec les consommateurs.
Le directeur général a annoncé la mise en place prochaine d’un chatbot, destiné notamment à recueillir et traiter les réclamations des abonnés. Cet outil devrait permettre à la société de disposer d’un canal supplémentaire pour recevoir les plaintes liées à la desserte et aux services proposés.
Cette initiative intervient dans un contexte où les coupures d’électricité et les difficultés de communication avec le fournisseur constituent régulièrement une source de frustration pour les abonnés.

La SNEL appelle les abonnés à régulariser leurs paiements
Teddy Luamba a également insisté sur la nécessité pour les clients de s’acquitter régulièrement de leurs factures.
Pour la direction de la SNEL, le recouvrement des paiements constitue un élément important du financement des investissements nécessaires à la modernisation des infrastructures et au renforcement de la capacité de production et de distribution.
« En termes de disponibilité, le plus important est d’investir dans l’outil productif et de couvrir la population avec une énergie supplémentaire. C’est à cela que nous nous attelons aujourd’hui », a insisté le DG de la SNEL.
Le gouvernement réaffirme son soutien à la SNEL
Prenant la parole à son tour, le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, a réaffirmé la volonté du gouvernement de soutenir les efforts engagés par la SNEL.
L’objectif affiché est de renforcer durablement l’entreprise publique afin d’améliorer la qualité de la desserte et de répondre progressivement aux besoins croissants des ménages, des entreprises et des autres acteurs économiques.
Au-delà des mesures d’urgence destinées à gérer les contraintes actuelles, les autorités misent ainsi sur le renforcement de l’outil de production, l’assainissement du réseau et l’augmentation de l’offre pour apporter une réponse plus durable aux difficultés d’approvisionnement en électricité.
Avec les 180 MW déjà récupérés grâce à l’assainissement du réseau et les 135 MW supplémentaires attendus de la centrale flottante, la SNEL entend franchir une nouvelle étape dans le renforcement de la desserte de Kinshasa. Reste désormais l’enjeu de la mise en œuvre effective de ces mesures et de leur traduction concrète dans le quotidien des abonnés.















