En République démocratique du Congo, les activités pétrolières de Perenco à Muanda, dans la province du Kongo Central, sont de nouveau mises en cause par Human Rights Watch (HRW). L’organisation internationale de défense des droits humains alerte sur les risques de pollution de l’air, des sols et des eaux, et appelle les autorités congolaises à faire toute la lumière sur cette situation, à publier les résultats de l’audit environnemental et à prendre des mesures contraignantes si les violations sont établies.
Le dossier environnemental de Perenco revient au cœur des préoccupations. Dans un communiqué publié le 08 octobre 2026, Human Rights Watch a dénoncé les risques sanitaires que feraient peser certaines activités pétrolières sur les populations vivant à proximité des installations de l’entreprise à Muanda. L’organisation évoque notamment le torchage du gaz, l’incinération de déchets et des fuites d’hydrocarbures susceptibles de contaminer les sols et les cours d’eau.
Ces accusations soulèvent une question essentielle : jusqu’à quand les populations riveraines devront-elles vivre dans l’incertitude concernant la qualité de leur environnement et les risques auxquels elles pourraient être exposées ?
Des risques environnementaux qui interpellent les autorités
Selon Human Rights Watch, des habitants interrogés ont signalé des problèmes de santé, notamment des difficultés respiratoires, des douleurs thoraciques, des nausées et des irritations, qu’ils associent aux fumées provenant des installations pétrolières. L’organisation indique également avoir analysé des images satellitaires, des photographies géolocalisées et des témoignages recueillis auprès de résidents, de travailleurs, de professionnels de santé et d’experts.
Des études antérieures sont également citées pour documenter la présence de contaminants liés aux activités pétrolières dans la région. Toutefois, l’ampleur exacte de la pollution, ses conséquences sanitaires et les responsabilités qui pourraient en découler doivent être établies sur la base d’analyses scientifiques rigoureuses et de conclusions officielles.
Face à ces préoccupations, le silence ou l’absence de données accessibles ne peut constituer une réponse satisfaisante. La population a le droit de connaître l’état de son environnement et les mesures prises pour protéger sa santé.

L’audit environnemental attendu, l’État face à ses responsabilités
Au-delà des activités de l’entreprise, Human Rights Watch pointe également le manque de transparence des autorités congolaises. Un audit environnemental des activités de Perenco avait été commandé par le gouvernement en décembre 2024. Selon l’organisation, les conclusions finales n’avaient toujours pas été rendues publiques au moment de sa publication du 08 octobre 2026.
Cette situation renforce les interrogations sur le suivi des engagements environnementaux, le contrôle des installations pétrolières et la protection des communautés concernées.
Dans l’attente des enquêtes et des vérifications annoncées par le ministère des Hydrocarbures, les autorités sont appelées à communiquer sur l’état d’avancement du dossier, à rendre accessibles les résultats disponibles et à préciser les mesures envisagées.
L’enjeu dépasse la seule relation entre l’État et une entreprise pétrolière. Il concerne la crédibilité des mécanismes de contrôle, l’application de la législation congolaise et le respect du droit des citoyens à vivre dans un environnement sain.
Cinq exigences pour prévenir, réparer et sanctionner
Dans son plaidoyer, Human Rights Watch appelle les autorités congolaises à agir avec davantage de transparence et de fermeté. Cinq axes d’action se dégagent de ses recommandations et des enjeux soulevés par le dossier :
- Publier les résultats de l’audit environnemental. Les conclusions disponibles, les données de surveillance et les informations relatives aux risques de pollution doivent être rendues accessibles au public afin de permettre un débat éclairé.
- Renforcer la surveillance environnementale. Les autorités doivent assurer un suivi régulier et indépendant de la qualité de l’air, de l’eau et des sols dans les zones affectées par les activités pétrolières.
- Protéger la santé des populations riveraines. Des mesures de prévention, une information claire des communautés et un suivi sanitaire adapté doivent être mis en place pour réduire les risques liés à une éventuelle exposition aux polluants.
- Imposer des mesures correctives et la dépollution si les faits sont établis. Toute contamination confirmée doit donner lieu à des actions adaptées pour en limiter les effets, restaurer les milieux dégradés et prévenir de nouveaux incidents.
- Appliquer des sanctions en cas de violations avérées. Si les enquêtes démontrent des manquements à la législation environnementale, les responsables doivent répondre de leurs actes conformément au droit congolais et aux obligations internationales applicables.
Ces exigences s’inscrivent dans les principes fondamentaux du droit de l’environnement, notamment la prévention des dommages, la protection de la santé humaine, l’accès à l’information et la responsabilité des auteurs de pollutions. Elles ne préjugent toutefois pas des conclusions des enquêtes en cours.
Perenco appelée à répondre aux préoccupations
De son côté, Perenco a contesté, dans sa réponse à Human Rights Watch, l’idée selon laquelle ses activités entraîneraient une pollution de l’air, des sols et de l’eau ou des effets sanitaires aigus. L’entreprise a notamment mis en avant ses investissements dans la prévention de la pollution et affirmé coopérer avec les autorités congolaises.
Cette position doit être prise en compte dans un dossier qui nécessite des vérifications indépendantes. Il appartient désormais aux autorités compétentes de confronter les déclarations de l’entreprise aux résultats des analyses scientifiques, aux constats de terrain et aux conclusions de l’audit environnemental.
La transparence est indispensable pour éviter que les accusations ne restent sans réponse et pour déterminer, sur une base objective, les responsabilités éventuelles.

Au-delà des déclarations, l’urgence d’agir
À Muanda, la protection de l’environnement ne peut se limiter à des engagements sur papier. Si des pollutions sont confirmées, les populations concernées doivent pouvoir obtenir des réponses, des mesures de réparation et des garanties contre la répétition des dommages.
Le gouvernement congolais est ainsi attendu sur des actes concrets : publication des résultats disponibles, contrôle indépendant des installations, protection des riverains et application effective de la loi.
Car, au-delà des intérêts économiques liés à l’exploitation pétrolière, une exigence demeure : aucune activité industrielle ne doit s’exercer au mépris de la santé des populations et de la préservation de leur cadre de vie. La lutte contre la pollution exige des preuves, de la transparence et, lorsque les infractions sont établies, des sanctions à la hauteur des faits.

















