La séance plénière du jeudi 4 décembre a déclaré recevable le projet de loi relatif aux marchés boursiers en République démocratique du Congo. Présenté par la vice-ministre des Finances, Grâce Yamba, ce texte ambitionne de doter le pays d’un cadre juridique moderne pour développer une bourse de valeurs mobilières et une bourse de marchandises efficaces, transparentes et capables de mobiliser des financements pour l’économie nationale.
Selon l’exposé des motifs, cette réforme répond à l’exigence d’offrir au secteur privé de nouveaux instruments pour lever des fonds, soutenir l’investissement et accélérer la croissance. Mais si l’intention est saluée, sa mise en œuvre interroge déjà certains experts.
Réagissant à cette avancée, l’analyste économique et chef d’entreprise, Matthieu Takizala, estime que l’instauration d’un marché boursier est un pas important, mais insuffisant sans un environnement compétitif pour les entreprises congolaises.
« La bourse permet aux agents économiques de se financer. Mais pour que ces marchés se développent, il faut des entreprises crédibles et des citoyens capables d’épargner et d’investir. » déclare Matthieu Takizala
Pour l’entrepreneur, la réalité actuelle du pays reste préoccupante : les entreprises évoluent en grande partie en free-standing, sans soutien des institutions financières, tandis que le coût du crédit demeure prohibitif.
« Aujourd’hui, les entreprises congolaises ont du mal à se procurer des fonds. Les taux d’intérêt sont trop élevés, les remboursements ne sont pas lisibles. Comment attirer les investisseurs dans ces conditions ? »
Takizala pointe aussi du doigt un problème structurel : l’emprise du secteur informel, qui fragilise la compétitivité des entreprises formelles et décourage les investisseurs.
« L’informel nous tue. On ne peut pas demander aux gens d’investir en bourse quand les entreprises formelles sont étouffées par un marché parallèle non régulé. »
L’économiste affirme avoir écrit cette semaine au ministère du Portefeuille et au Premier Ministre pour demander une audience afin de discuter de la compétitivité des entreprises congolaises.
« Si nous voulons des investisseurs qui injectent des capitaux, il faut que nos entreprises soient capables de payer des salaires, de se développer et d’inspirer confiance. Sans cela, personne ne mettra son argent dans le ‘fleuve Congo’, comme on dit. »
Il insiste également sur la nécessité d’éviter des lois symboliques qui ne seraient pas appliquées :
« Nous avons connu beaucoup de textes, comme le Manifeste de la N’Sele ou la loi sur les PME. Il ne faut pas que ce projet de loi sur la bourse reste lui aussi dans un tiroir. »
Pour Matthieu Takizala, le marché financier est une opportunité réelle d’expansion pour les entreprises congolaises, à condition d’assainir et de professionnaliser le tissu économique.
« La bourse peut faire croître nos entreprises, comme cela se fait ailleurs. Mais cela ne sera possible que si l’État travaille main dans la main avec les entreprises congolaises. »
Alors que le parlement poursuit l’examen du projet de loi, une question clé demeure : la RDC saura-t-elle créer les conditions pratiques permettant à cette réforme ambitieuse de produire ses effets ?



















