La Chine franchit un nouveau cap dans ses relations économiques avec l’Afrique. À compter du 1er mai prochain, Pékin supprimera les droits de douane sur les importations en provenance de l’ensemble des pays africains, à l’exception de Eswatini. L’annonce a été faite par le président chinois Xi Jinping et relayée par les médias d’État.
Cette décision marque une étape stratégique dans le partenariat sino-africain, déjà en pleine expansion. La Chine appliquait jusqu’ici une politique de droits de douane nuls à 33 pays africains. L’extension de cette mesure à presque tout le continent concrétise une promesse formulée l’année dernière par Pékin à l’égard de ses 53 partenaires diplomatiques africains.
Un partenariat économique renforcé
Premier partenaire commercial de l’Afrique depuis plus d’une décennie, la Chine joue un rôle déterminant dans le financement des grands projets d’infrastructures sur le continent. Routes, chemins de fer, barrages et zones industrielles sont largement soutenus par des investissements chinois, notamment dans le cadre de l’initiative des « Nouvelles Routes de la Soie ».
La suppression des barrières tarifaires pourrait ainsi stimuler davantage les exportations africaines vers le marché chinois, deuxième économie mondiale. Produits agricoles, minerais stratégiques, textiles ou produits manufacturés pourraient bénéficier d’un accès élargi et plus compétitif.
Lors du Xi Jinping Forum sur la coopération Chine-Afrique (Focac), tenu à Pékin en septembre 2024, le chef de l’État chinois avait déjà multiplié les engagements en faveur d’un partenariat « gagnant-gagnant » avec le continent. L’annonce récente s’inscrit dans cette logique d’approfondissement des relations Sud-Sud.

L’exception Eswatini et la question taïwanaise
Seul pays exclu de cette mesure : Eswatini, qui entretient des relations diplomatiques avec Taïwan. Pékin considère l’île comme une province rebelle depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949 et conditionne ses relations diplomatiques à la reconnaissance du principe d’« une seule Chine ». Cette exception illustre combien les décisions économiques chinoises restent étroitement liées à des considérations géopolitiques.
Un contexte international favorable à Pékin
L’annonce intervient dans un contexte mondial marqué par une reconfiguration des échanges commerciaux. Depuis l’imposition de droits de douane élevés par le président américain Donald Trump l’année dernière, plusieurs pays africains cherchent à diversifier leurs partenaires et à sécuriser de nouveaux débouchés.
Dans ce paysage en mutation, la Chine apparaît comme une alternative attractive. En offrant un accès élargi à son marché, Pékin consolide sa position stratégique sur le continent, tout en répondant aux attentes africaines en matière de développement industriel et d’intégration aux chaînes de valeur mondiales.
Une opportunité à saisir
Réunis à Addis-Abeba pour le sommet annuel de l’Union africaine, plusieurs dirigeants africains ont salué cette initiative. Selon Xi Jinping, cette décision « offrira sans aucun doute de nouvelles perspectives au développement de l’Afrique ».
Reste désormais aux économies africaines à transformer cette ouverture commerciale en levier concret de croissance. La suppression des droits de douane constitue une opportunité majeure, mais son impact dépendra de la capacité des États africains à accroître leur production, améliorer leur compétitivité et structurer leurs exportations.
Pour beaucoup d’observateurs, cette annonce confirme une tendance de fond : l’Afrique devient un terrain stratégique dans la compétition économique mondiale, et la Chine entend bien y consolider durablement son influence.















