Mécanisations non validées : un détournement évité de justesse au cœur de la paie d’octobre

Une mafia administrative aurait pu se frotter les mains chaque mois après avoir saigné le Trésor public. Grâce à la vigilance du ministère des Finances, plus de 11 milliards de francs congolais ont été sauvés in extremis.

Un parfum de scandale dans la paie publique

Le mois d’octobre 2025 restera gravé comme celui d’un sauvetage discret mais colossal. Selon des informations concordantes relayées par Le Baromètre.cd (12 novembre 2025), des mécanisations non validées ont été découvertes dans le circuit de paie des agents de l’État. Si elles n’avaient pas été détectées, elles auraient pu coûter plus de 11 milliards de francs congolais par mois, soit près de 5,5 millions de dollars américains, et jusqu’à 16 millions USD par trimestre au Trésor public.

Derrière ce chiffre vertigineux, une manœuvre savamment orchestrée : des agents peu scrupuleux auraient profité de la décision gouvernementale relative à l’ajustement salarial (Accords de Bibwa) pour insérer des noms non autorisés dans l’état liquidatif de la paie du quatrième trimestre 2025.

Un retard suspect et un document sans aval

D’après Actualité.cd et Le Baromètre.cd, l’état liquidatif concerné a été transmis au ministère des Finances le 25 octobre, avec plus de 15 jours de retard sur le calendrier habituel. Pire encore, il n’avait pas reçu les validations requises : ni celle du Vice-Premier ministre, ministre de la Fonction publique, ni celle du Vice-Premier ministre, ministre du Budget, ni même celle du ministre des Finances.

Un document de cette importance, non approuvé par la hiérarchie, aurait pourtant pu être traité sans vérification si la vigilance des techniciens du ministère des Finances n’avait pas joué son rôle.

Un « nettoyage » ordonné au sommet

Informé de la situation, le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, a immédiatement ordonné le retraitement complet du fichier, afin de purger tous les ajouts frauduleux. Une décision ferme, rapidement validée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka et l’ensemble des ministres concernés.

L’état liquidatif corrigé n’a été renvoyé qu’après le 30 octobre 2025, et dès sa réception, le ministère des Finances a débloqué les fonds vers les banques.
Le paiement effectif des fonctionnaires a alors débuté le 4 novembre 2025 à l’échelle nationale.

Un léger retard… pour éviter un gouffre financier

Ce délai, bien que mal perçu par certains fonctionnaires, aura permis d’éviter ce que plusieurs observateurs qualifient de « catastrophe budgétaire ».
Un cadre du ministère du Budget cité par Le Baromètre.cd parle d’« un travail de fourmi qui a permis de sauver le pays d’un détournement massif déguisé en salaires ».

La manœuvre était d’autant plus perverse qu’elle s’appuyait sur une mesure populaire l’ajustement salarial pour faire passer en douce des mécanisations fictives.

Les dessous d’une mafia administrative

Derrière ce montage, plusieurs sources évoquent une chaîne parallèle de validation, souvent ancrée dans certains services techniques de la Fonction publique et du Budget, où la « mécanisation » (inscription sur la liste de paie) devient un commerce en soi.

« Chaque nom ajouté, c’est un salaire mensuel détourné et parfois sur plusieurs trimestres »
confie un agent du Budget sous anonymat.

Cette pratique, ancienne mais rarement exposée, illustre à quel point la fonction publique reste l’un des maillons les plus poreux de la gouvernance financière congolaise.

Une vigilance saluée, mais un système à repenser

Le gouvernement a tenu à rassurer.
Dans un communiqué cité par Actualité.cd, le ministère des Finances a réaffirmé son engagement à assurer une paie régulière et transparente, tout en protégeant le Trésor public contre toute forme de prédation.
Les services de contrôle interne ont, de leur côté, recommandé le renforcement des mécanismes de validation et de contre-signature avant tout transfert des fichiers au niveau du Trésor.

La Première ministre Judith Suminwa, soutenue par le ministre Doudou Fwamba, a également promis des sanctions exemplaires contre les agents impliqués.

Des sanctions en vue

Selon les premières informations recueillies, plusieurs hauts fonctionnaires du Budget et de la Fonction publique seraient dans le viseur des inspecteurs.
Des enquêtes internes sont en cours pour déterminer le degré d’implication de chacun et identifier les complicités éventuelles.

Cette affaire, révélée dans un contexte de rigueur budgétaire accrue, intervient alors que le gouvernement cherche à restaurer la confiance autour de la gestion des fonds publics.

Un signal fort contre la prédation d’État

Ce scandale évité rappelle l’ampleur du défi : dans un pays où chaque franc congolais compte, la moindre faille administrative peut devenir une brèche pour les détournements massifs.
Le cas d’octobre 2025 montre que la vigilance des institutions peut encore fonctionner lorsque la coordination est maintenue entre Finances, Budget et Fonction publique.

Mais au-delà de l’opération de sauvetage, c’est tout un système de gestion et de contrôle qu’il faudra revisiter. La numérisation des fichiers, le contrôle biométrique des agents et la traçabilité des salaires apparaissent aujourd’hui comme des priorités absolues.

En conclusion, une bataille gagnée, mais la guerre continue l’incident d’octobre aura été un électrochoc salutaire.
Le Trésor public a évité l’hémorragie, mais la tentation de la fraude reste ancrée dans certaines poches de l’administration.

 fulgence  milay
Par Fulgence milay
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