CHESD : Félix Tshisekedi érige la pensée stratégique congolaise en rempart de la souveraineté

Par Fulgence Milay

Dix ans après sa création, le Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD) entend franchir un nouveau cap. À l’occasion de la cérémonie marquant son dixième anniversaire au Palais du Peuple, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a appelé à faire de l’institution un véritable creuset de la pensée stratégique congolaise, capable d’anticiper les menaces, de défendre la souveraineté et d’éclairer la décision publique. Une vision où la connaissance devient une forme de puissance et où l’éthique demeure la colonne vertébrale de l’action de l’État.

Dix années à bâtir une pensée stratégique

Le 5 janvier 2016, une ambition prenait corps : doter la République démocratique du Congo d’un lieu d’excellence où se pensent les enjeux de sécurité nationale, où se prépare la décision stratégique et où se forment les femmes et les hommes appelés à servir l’État au plus haut niveau.

Dix ans plus tard, cette ambition s’est muée en institution. À travers la formation, la réflexion et le dialogue civilo-militaire, le CHESD s’est progressivement imposé comme l’un des principaux creusets de la pensée stratégique congolaise, ouvert sur l’Afrique et tourné vers les défis de demain.

Officiers, hauts fonctionnaires, diplomates, universitaires, chercheurs et responsables venus de plusieurs pays ont ainsi été réunis autour d’une même exigence : transformer la diversité des expériences en intelligence collective.

À ceux qui ont contribué à cette œuvre : dirigeants successifs, enseignants, personnels, partenaires, auditeurs et anciens, le chef de l’État a rendu un hommage appuyé, saluant leur vision, leur savoir et leur engagement.

Une école où la République apprend à voir loin

Dans la vision présidentielle, le CHESD dépasse désormais la seule fonction d’une institution de formation. Il est présenté comme une école du discernement, de l’anticipation et de la responsabilité, un espace où la République apprend « à voir loin, à penser juste et à décider souverainement ».

Une conviction sous-tend cette vision : une nation qui renonce à penser elle-même sa sécurité finit par laisser d’autres la penser à sa place, souvent selon leurs propres intérêts.

Ainsi, la souveraineté ne se limite plus à la possession d’un territoire. Elle commence aussi par la capacité d’une nation à comprendre son environnement, à définir ses intérêts vitaux et à choisir, en toute indépendance, les moyens de les défendre.

Cette conception rejoint une vérité fondamentale : la lumière de la connaissance précède la justesse de la décision. Dans l’architecture d’une nation, la pensée stratégique devient ainsi le premier ouvrage du bâtisseur.

La paix, mais pas la résignation

Cette célébration intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement difficile pour la RDC. Dans l’Est du pays, les populations continuent de subir les violences armées, les déplacements forcés, les ingérences étrangères ainsi qu’une économie de prédation alimentée par l’exploitation et le trafic illicite des ressources naturelles.

Face à cette épreuve, Félix Tshisekedi a réaffirmé que la détermination de la RDC ne faiblira pas. La souveraineté, l’intégrité territoriale et l’unité nationale ne sont pas négociables.

Kinshasa veut la paix, mais une paix qui ne soit ni résignation devant la force, ni oubli des victimes, ni consécration du fait accompli.

Cette paix doit reposer sur le retrait des forces étrangères non invitées, la cessation de tout soutien aux groupes armés, leur désarmement effectif, la protection des populations civiles et le rétablissement de l’autorité de l’État sur chaque portion du territoire national.

Défense et diplomatie : deux colonnes d’un même édifice

Pour le chef de l’État, la crédibilité diplomatique ne peut être dissociée de la solidité de l’État et de ses capacités de défense.

Une diplomatie crédible doit pouvoir s’appuyer sur un État fort, une défense organisée, des institutions respectées et une vision stratégique cohérente.

Dès lors, renforcer la défense ne signifie pas renoncer à la paix. Les deux démarches se complètent : « La paix donne à la défense sa finalité, la défense donne à la paix sa garantie. »

Cette doctrine s’inscrit dans une transformation profonde de l’environnement stratégique mondial. Intelligence artificielle, terrorisme, dérèglement climatique et compétition autour des minerais stratégiques bouleversent les rapports de puissance.

Un port, un corridor logistique, une mine, une base de données ou encore un réseau de télécommunications peuvent désormais constituer des enjeux de souveraineté aussi déterminants qu’une frontière terrestre.

La défense doit donc être pensée dans sa globalité, en articulant forces armées, diplomatie, renseignement, économie, recherche scientifique, justice, communication stratégique et aménagement du territoire.

Les cinq piliers de la nouvelle destinée du CHESD

Pour cette nouvelle étape, le président de la République a fixé au Collège cinq priorités majeures, appelées à guider son action et à renforcer sa contribution à la souveraineté nationale.

  1. La pensée souveraine : produire le savoir stratégique national

Le premier chantier consiste à faire du CHESD un véritable laboratoire de la pensée stratégique congolaise.

L’institution devra renforcer la recherche stratégique, contribuer à l’élaboration de la doctrine nationale de défense et de sécurité, produire des études de référence et mettre à la disposition des décideurs des analyses rigoureuses, objectives et directement mobilisables.

Il ne s’agit donc plus seulement de former des cadres, mais de produire le savoir nécessaire à l’exercice de la souveraineté. Une nation qui maîtrise sa pensée stratégique est mieux armée pour comprendre les rapports de force, défendre ses intérêts et décider sans subir.

  1. L’anticipation : apprendre à voir venir les crises

La deuxième priorité repose sur l’anticipation.

Le CHESD devra se doter d’une capacité permanente de veille stratégique et de prospective fondée sur la maîtrise des données, l’analyse de scénarios, la simulation de crises et l’alerte précoce.

Dans un monde où les crises se déplacent rapidement d’un domaine à l’autre, attendre leur apparition pour agir revient souvent à céder l’initiative.

Anticiper, c’est donc transformer l’incertitude en connaissance, la connaissance en discernement et le discernement en décision.

  1. La souveraineté numérique et informationnelle : maîtriser les nouveaux champs de puissance

La troisième priorité concerne la souveraineté numérique et informationnelle.

Cybersécurité, intelligence artificielle, maîtrise des données, communication stratégique, lutte contre la désinformation et protection des infrastructures critiques devront occuper une place centrale dans les programmes de formation et de recherche.

La souveraineté du XXIᵉ siècle se joue aussi dans l’espace numérique. Les données, les réseaux et les infrastructures deviennent des actifs stratégiques dont la protection participe directement à la sécurité nationale.

Pour le CHESD, cette mutation impose donc de former des cadres capables de comprendre ces nouveaux champs de confrontation et d’en anticiper les risques.

  1. L’ouverture africaine et la coopération régionale : penser la sécurité au-delà des frontières

La quatrième priorité porte sur l’ouverture africaine et la coopération régionale.

Le constat est simple : aucune sécurité nationale ne peut être durablement garantie dans une région livrée à l’instabilité.

Le CHESD devra ainsi approfondir ses partenariats avec les institutions sœurs, les organisations régionales et les centres africains de recherche.

Cette ouverture traduit une conception de la sécurité qui dépasse les frontières nationales. La stabilité de la RDC participe à celle de son environnement régional, tout comme les fragilités régionales peuvent affecter directement la sécurité congolaise.

L’intelligence stratégique doit donc aussi être collective, africaine et solidaire.

  1. L’éthique républicaine : faire de la compétence une responsabilité

La cinquième priorité constitue peut-être la plus fondamentale : l’éthique républicaine.

Car la compétence sans intégrité peut devenir un danger. La puissance affranchie du droit finit toujours par se retourner contre la nation.

Toute formation stratégique dispensée au CHESD devra ainsi être indissociable du sens de l’État, de la fidélité à la Constitution, du respect de la dignité humaine et de la primauté de l’intérêt général.

Ici se trouve le lien entre savoir et sagesse : la maîtrise de la force n’a de sens que lorsqu’elle demeure au service du bien commun.

De la vision à l’œuvre

Ces cinq priorités ne sauraient rester au stade des intentions.

Le président de la République a particulièrement chargé le vice-ministre de la Défense nationale et Anciens Combattants de traduire ces orientations en actes, d’en assurer un suivi rigoureux et de veiller à ce que le CHESD dispose progressivement des ressources humaines, scientifiques, technologiques et matérielles nécessaires à l’accomplissement de sa mission.

Dix ans après la première pierre, l’enjeu est désormais celui de la construction.

Construire une pensée stratégique souveraine. Construire une capacité d’anticipation. Construire une souveraineté numérique. Construire des ponts avec l’Afrique. Construire, enfin, une culture de l’éthique au service de la République.

Car toute œuvre durable commence par une vision, se consolide par la connaissance et ne trouve sa véritable grandeur que dans le service.

Au CHESD, la prochaine décennie se présente ainsi comme un nouvel ouvrage à bâtir : faire de la pensée stratégique congolaise une Lumière pour la décision, une Force pour la souveraineté et une exigence de Sagesse au service de la paix.

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