Tribune de Zacharie Mudimbi, économiste, analyste et chercheur sur les questions monétaires & finances publiques.
La Banque Centrale du Congo (BCC) a officiellement lancé, vendredi 3 avril 2026, la mise en œuvre de son Plan stratégique 2026–2030. Sous l’impulsion de son gouverneur, André Wameso, l’institution monétaire affiche une ambition claire : se repositionner comme un pilier de stabilité macroéconomique et un acteur central du développement économique de la République démocratique du Congo.
Présentée comme une véritable feuille de route de transformation, cette stratégie s’articule autour de plusieurs axes majeurs. Le premier concerne la modernisation des instruments de politique monétaire, dans un contexte où la transmission des décisions de la banque centrale vers l’économie réelle demeure encore limitée. Le deuxième axe porte sur le renforcement du cadre de régulation financière, avec pour objectif une supervision plus efficace du secteur bancaire et une réduction des vulnérabilités systémiques. Enfin, la BCC entend jouer un rôle plus actif dans le soutien à la croissance, en améliorant ses capacités d’analyse et d’intervention.
Cependant, au-delà de ces ambitions, ce plan s’inscrit dans un environnement économique particulièrement contraint. La dollarisation persistante de l’économie congolaise constitue l’un des principaux obstacles à l’efficacité des politiques monétaires. À fin décembre 2025, l’encours global des dépôts bancaires s’élevait à 16,24 milliards de dollars, enregistrant une progression annuelle de 10,2 %. Mais derrière cette dynamique se cache une réalité préoccupante : 87,2 % de ces dépôts sont libellés en devises étrangères, contre seulement 12,82 % en monnaie nationale.

À cette contrainte majeure s’ajoute une autre faiblesse structurelle déterminante. Le système bancaire congolais se caractérise par une situation de surliquidité, ce qui signifie que les banques disposent d’importantes réserves internes. Dans ce contexte, elles recourent très peu au refinancement auprès de la Banque Centrale du Congo et financent principalement leurs activités de crédit à partir de leurs propres ressources.
Cette configuration limite fortement l’efficacité du mécanisme de transmission de la politique monétaire. En théorie, une variation du taux directeur devrait influencer les conditions de refinancement des banques, se répercuter sur les taux débiteurs des banques, puis affecter la demande de crédit et, in fine, le niveau général des prix. Or, lorsque les banques ne dépendent pas du refinancement de la Banque Centrale du Congo, ce canal devient largement inopérant. Les taux débiteurs restent peu sensibles aux décisions de politique monétaire, ce qui réduit la capacité de la BCC à agir efficacement sur l’inflation.
À cela se rajoute une forte volatilité du taux d’inflation, marquée récemment par une phase de désinflation prononcée. Si cette évolution peut sembler positive à première vue, elle a paradoxalement renforcé l’incertitude économique. En effet, des fluctuations importantes et rapides du rythme de variation des prix compliquent les anticipations des agents économiques, affaiblissent la lisibilité de la politique monétaire et peuvent freiner les décisions d’investissement et de consommation.
Cette combinaison de facteurs, mêlant dollarisation élevée, surliquidité bancaire et instabilité du rythme inflationniste, fragilise la portée des instruments monétaires classiques et complique la conduite de la politique économique. Elle s’accompagne par ailleurs d’une dépendance structurelle aux revenus extractifs, exposant l’économie congolaise aux chocs extérieurs.

Dès lors, la réussite du Plan stratégique 2026–2030 reposera moins sur la qualité de sa conception que sur sa capacité d’exécution. La modernisation des outils monétaires exige l’existence de marchés financiers plus profonds et une confiance accrue dans le franc congolais. De même, le renforcement de la régulation nécessitera des ressources humaines qualifiées, des moyens techniques conséquents et, surtout, une indépendance institutionnelle effective.
L’expérience d’autres économies africaines montre que si de telles réformes peuvent améliorer la stabilité financière, elles ne suffisent pas toujours à réduire significativement la dollarisation. Pour la BCC, l’enjeu est donc double : restaurer la crédibilité de la monnaie nationale tout en maintenant une inflation maîtrisée.
Au final, ce plan stratégique apparaît comme une opportunité décisive pour refonder le rôle de la Banque Centrale dans l’économie congolaise. Mais il constitue également un test grandeur nature de la capacité des institutions à traduire les ambitions en résultats concrets. L’avenir du franc congolais, et plus largement de la stabilité macroéconomique du pays, en dépend.
















