Une vision prémonitoire de Patrick Ngulu Mbiobawhul
Dès les États généraux du Portefeuille organisés en décembre 2024 à Kinshasa, Patrick Ngulu Mbiobawhul, Administrateur Secrétaire Exécutif de l’Association nationale des entreprises publiques (ANEP), a mis en lumière les dysfonctionnements majeurs affectant les entreprises publiques de la RDC.
Il avait identifié comme principales causes des pertes et de l’inefficacité :
- La politisation des nominations
- Le clientélisme politique
- La faible gouvernance. Selon Patrick Ngulu Mbiobawhul, ces entreprises, longtemps moteur de l’économie congolaise, avaient perdu leur efficacité et leur contribution au développement social à cause de ces pratiques.
« Les entreprises publiques doivent être protégées des logiques partisanes et placées sous une gouvernance rigoureuse. Leur autonomie de gestion est essentielle pour leur performance et leur contribution au développement économique », rappelait-il.
Des propositions concrètes portées par Patrick Ngulu Mbiobawhul
- Priorité à la compétence et à l’expérience
- Les dirigeants doivent justifier d’une expérience significative dans le secteur concerné, allant de 5 à 15 ans selon le niveau d’expertise ou de diplôme.
- Au moins un tiers des mandataires publics devrait provenir de l’entreprise concernée, garantissant continuité et connaissance du terrain.
- Structuration interne adaptée
- Patrick Ngulu Mbiobawhul proposait parfois deux directeurs généraux adjoints : l’un pour les questions administratives et financières, l’autre pour les aspects techniques.
- Les conseils d’administration ne devraient exister que dans les entreprises opérationnelles et leurs membres sélectionnés selon compétence, intégrité et connaissance du secteur.
- Évaluation rigoureuse et contrôle renforcé
- Tout renouvellement ou reconduction de mandat devait être précédé d’une évaluation objective de la gestion.
- Patrick Ngulu Mbiobawhul insistait pour que l’Inspection générale des finances (IGF) soit systématiquement associée aux entreprises du Portefeuille pour garantir la transparence et le respect des principes de bonne gouvernance.
- Autonomie face aux pressions politiques
- Les entreprises publiques doivent être hors des logiques de partage politique, afin de jouer pleinement leur rôle dans la relance économique et le développement social.

La Banque mondiale confirme les alertes de l’ANEP
Le rapport récent de la Banque mondiale met en évidence exactement ce que l’ANEP avait anticipé :
- Pertes cumulées de 5,3 milliards de dollars entre 2014 et 2023, équivalent au budget annuel de la santé publique.
- Les dettes se concentrent sur des entreprises stratégiques : SNEL, Gécamines, SNCC, REGIDESO, représentant 7,3 % du PIB et 42 % de la dette extérieure sensible.
- Conséquences concrètes : arriérés de salaires, factures impayées, dégradation des services publics essentiels.
Ces constats confirment que la vision et les recommandations de l’ANEP n’étaient pas théoriques mais reflétaient des risques structurels réels et prévisibles.
Gouvernance et IGF : un duo pour le redressement
- Un point central de la réflexion de l’ANEP est l’intensification du contrôle de l’Inspection générale des finances (IGF) dans le suivi des entreprises publiques.
- Ce contrôle permet d’assurer transparence et discipline financière.
- Il complète l’évaluation interne des mandataires publics et garantit que seuls les dirigeants compétents et intègres soient maintenus ou reconduits.
- Selon l’ANEP, l’alliance entre compétence, évaluation et contrôle externe est la clé pour un redressement durable.
Une feuille de route pour le futur
La réflexion conjointe de Patrick Ngulu Mbiobawhul et de la Banque mondiale montre que la RDC dispose désormais d’un cadre clair pour restaurer ses entreprises publiques :
- Nommer des dirigeants compétents et expérimentés
- Toujours associer l’IGF pour un contrôle strict et transparent
- Structurer les conseils d’administration et les directions internes selon l’activité réelle
- Protéger les entreprises publiques des logiques partisanes
Si ces recommandations sont appliquées, elles permettront non seulement de limiter les pertes financières, mais aussi de restaurer des services publics fiables et de qualité, contribuant ainsi à la croissance économique et au bien-être des populations.
Alors que la Banque mondiale alerte aujourd’hui sur l’ampleur des pertes et des dysfonctionnements, l’ANEP avait déjà identifié les causes et proposé des solutions concrètes. La RDC dispose ainsi d’un cadre de recommandations éprouvé, qui, s’il est appliqué avec discipline, pourrait transformer les entreprises publiques en véritables leviers de croissance et de développement social.
Ce leadership éclairé, axé sur la compétence, l’autonomie et le contrôle rigoureux de l’IGF.















