La Belgique s’apprête à ouvrir l’accès à un vaste fonds d’archives géologiques datant de l’époque coloniale en République démocratique du Congo (RDC), une initiative qui intervient dans un contexte de compétition internationale de plus en plus intense pour le contrôle des minerais critiques indispensables à la transition énergétique.
Conservés à l’AfricaMuseum de Tervuren, près de Bruxelles, ces documents représentent près de 500 mètres linéaires d’archives. Ils regroupent des cartes géologiques, des carnets de terrain, des rapports techniques et d’autres données scientifiques accumulées durant plusieurs décennies par des géologues belges et d’anciennes compagnies minières avant l’indépendance du Congo en 1960.
Le projet de numérisation, financé par l’Union européenne, devrait s’étendre sur cinq ans. Une fois achevé, il permettra de rendre ces précieuses informations plus facilement accessibles à la communauté scientifique et aux institutions concernées.
Une mine d’informations stratégiques
Selon les informations rapportées par l’Agence France-Presse (AFP), ces archives renferment des données détaillées sur plusieurs gisements de cuivre, de cobalt, d’or, de lithium et d’autres minerais aujourd’hui considérés comme essentiels aux industries des batteries, des véhicules électriques et des nouvelles technologies.
À l’heure où les grandes puissances cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement en ressources critiques, ces documents revêtent une importance géostratégique considérable. Ils pourraient contribuer à mieux connaître le sous-sol congolais, réduire les risques liés à l’exploration minière et favoriser de nouveaux investissements dans un secteur clé de l’économie congolaise.
L’AfricaMuseum refuse un accès privilégié
Dans cette dynamique, l’AfricaMuseum révèle avoir décliné, l’an dernier, une offre de financement de la société américaine KoBold Metals pour assurer la numérisation des archives.
Le musée a préféré confier cette mission à un prestataire européen, estimant qu’un acteur privé ne devait pas bénéficier d’un accès exclusif à des données présentant un intérêt scientifique et stratégique majeur.
Pour son directeur général, Bart Ouvry, ces archives constituent un patrimoine collectif dont l’exploitation doit rester ouverte, afin d’éviter qu’un seul opérateur ne contrôle des informations devenues essentielles dans la course mondiale aux minerais critiques.
La RDC accélère également sa transition numérique
Pendant ce temps, en République démocratique du Congo, KoBold Metals mène également un vaste programme de numérisation d’archives minières en partenariat avec l’Université de Lubumbashi. Depuis le lancement de cette initiative en avril, près de 170 000 pages de documents auraient déjà été numérisées.
Cette double dynamique illustre l’importance croissante accordée aux données géologiques, désormais considérées comme un levier stratégique pour orienter les investissements, optimiser les campagnes d’exploration et renforcer la compétitivité du secteur minier congolais.
Au-delà de leur valeur historique, les archives géologiques de l’époque coloniale apparaissent aujourd’hui comme un véritable capital scientifique susceptible d’accompagner la RDC dans une meilleure valorisation de son immense potentiel minier, à condition que leur exploitation serve également les intérêts du pays détenteur de ces ressources.















