En République démocratique du Congo, l’interconnexion des provinces à travers les réseaux routier, ferré, fluvial et aérien demeure un casse-tête pour le gouvernement. Ce, malgré les efforts déployés pour réhabiliter et moderniser les infrastructures de base en vue de renforcer l’intégration économique du pays.
Une cartographie nationale des infrastructures, peu reluisante
Alors que le pays possède des atouts indéniables dans le secteur des infrastructures, les statistiques officielles dressent un constat sévère de l’état des différents réseaux infrastructurels à travers le pays. Sur les 152 400 kilomètres de réseau routier national, à peine 2 % sont revêtus. Les routes d’intérêt général, estimées à 58 125 km, ne comptent que 20 % en bon état.
La relance du chemin de fer en RDC apparaît comme une solution stratégique pour désenclaver les régions et dynamiser l’ensemble du territoire. Mais le réseau ferroviaire ne fait guère mieux que le routier. À ce jour, seulement 5 % des voies sont jugées praticables, ce qui signifie que 95 % du réseau existant doit être réhabilité ou modernisé.
Souvent éclipsé par la préférence aux transports routier et aérien, le secteur maritime rd-congolais constitue une voie stratégique pour le développement logistique et commercial. Cela, grâce à ses nombreuses rivières et surtout à son fleuve traversant presque toutes les provinces, hormis celles de l’espace Kasaï. Pourtant, dans le domaine fluvial et lacustre, les 16 238 kilomètres recensés restent largement sous-exploités. Le manque de balisage et de dragage régulier depuis plusieurs décennies, a occasionné la formation de bancs de sable qui obstruent les passages et constituent un véritable danger pour la navigation.
Véritable talon d’Achille du secteur, le transport par voie d’eau repose principalement sur des embarcations vétustes, notamment des baleinières souvent construites en bois ou parfois en tôle d’acier. Inadaptées aux exigences modernes. À cela s’ajoute la prolifération des ports illicites, 240 recensés à travers le pays, ce qui aggrave encore les difficultés existantes.
Si les infrastructures routières, ferroviaires et fluviales sont régulièrement pointées du doigt, le secteur aérien dresse également un bilan mitigé. Sur 500 pistes d’atterrissage, seulement 101 sont ouvertes à la circulation publique, et 4 au trafic international (à Kinshasa, Lubumbashi dans le Haut-Katanga, Kisangani à Tshopo et Goma au Nord-Kivu). Bien que fonctionnelles, ces infrastructures nécessitent elles aussi des travaux de modernisation.
Diversité d’initiatives pour renforcer les infrastructures
Face à ce tableau peu reluisant, plusieurs initiatives ont été lancées sous la houlette du président Félix Tshisekedi. En mars 2024, 600 millions USD ont été débloqués via l’Avenant n°5 au contrat Sicomines, pour réhabiliter 5 000 km de routes à travers toute l’étendue du territoire national. Parallèlement , le gouvernement a lancé une série de travaux de réhabilitation et de construction des routes dans plusieurs coins du pays. À la fois sur fond propre et sur financement de ses partenaires.
Afin de relancer un secteur ferroviaire en profond déclin, le gouvernement congolais a signé en 2020 un protocole d’accord avec des investisseurs allemands pour la construction de 10 000 kilomètres de voies ferrées. Un méga-projet, évalué à 25 milliards de dollars américains. Dès le début du mois de septembre, la RDC avait lancé un appel international à manifestation d’intérêt pour la réhabilitation et la modernisation, au cœur desquelles figure le tronçon Bumba-Aketi-Buta-Mungbere. En vue de remettre à niveau des infrastructures vieillissantes ainsi que les systèmes de signalisation, de télécommunications et le matériel roulant.
En avril, notamment dans la province de la Tshopo, le gouverneur Paulin Lendongolia a évoqué le lancement prochain du projet de modernisation du chemin de fer Kisangani-Ubundu, concrétisé par l’arrivée d’investisseurs sud-coréens. De même, la relance du trafic sur l’axe Kalemie-Kindu en décembre 2024 témoignait déjà d’une volonté de redonner vie à des infrastructures longtemps abandonnées.
À Kinshasa, l’opération de démolition visant à éradiquer les constructions anarchiques, qui a ciblé en particulier la Gare de l’ONATRA dans la commune de Kintambo, s’inscrit dans une stratégie plus large de réaménagement urbain en prévision de la relance des services ferroviaires.
Autre signal fort, la relance du trafic ferroviaire entre Kinshasa et le Kongo-Central, après cinq années d’interruption, avec l’acquisition de sept voitures voyageurs financées sur fonds propres du gouvernement, grâce à la Redevance Logistique Terrestre. Cette relance est intervenue après la finalisation des travaux de stabilisation de la voie ferrée Kinshasa-Matadi.
Afin de booster le transport fluvial, le Vice-Premier Ministre en charge des Transports et Voies de Communication, Jean-Pierre Bemba, a récemment annoncé plusieurs projets, notamment l’acquisition de nouvelles dragues et la construction de quatre navires dans les chantiers navals de l’ONATRA et de la Régie des Voies Fluviales. Il a en outre annoncé des mesures d’urgence visant à réduire les accidents fluviaux, notamment par l’acquisition d’engins pour le balisage des voies navigables. Cela dit, le projet du gouvernement visant la construction de 400 ports modulaires pour faciliter l’accès aux zones agricoles est buté au manque de financements.
Sur le volet aérien, plusieurs aéroports provinciaux font l’objet de chantiers de rénovation : N’djili à Kinshasa, Bambogka à Kisangani, Mbuji-Mayi, Kolwezi, entre autres.
Des efforts dominés par les défis à relever
À côté des défis à surmonter, les efforts du gouvernement congolais paraissent infimes. Alors que le budget du Pouvoir central pour l’exercice 2025 est présenté en équilibre, en recettes et en dépenses, à 49.846,8 milliards de FC (17,2 milliards de dollars), soit un taux d’accroissement de 21,6% par rapport à l’exercice précédent.
Une enveloppe de 8.208,5 milliards de FC, soit 18,1% des dépenses du budget général, est réservée entre autres pour la construction, la réfection, la réhabilitation, l’addition d’ouvrages et d’édifices. Si le budget affiche une nette progression, le besoin en infrastructures est énorme. Kinshasa devrait aussi miser sur une diversité de partenariats privés dans ce domaine pour espérer régler ces problèmes d’infrastructures de transport.
Au-delà du manque de financement, le détournement est une gangrène qui ronge le pays. De nombreux programmes gouvernementaux n’ont pas abouti à cause du détournement de fonds. D’où la nécessité de renforcer le contrôle et de réprimander efficacement les personnes impliquées.
À l’heure où la mobilité et la connectivité deviennent des vecteurs essentiels du développement économique et social, les routes, les rails, le fleuve Congo et le ciel congolais attendent encore de devenir de véritables canaux d’échanges commerciaux et de désenclavement des zones rurales.



















