RDC : Six mois de plus de statut « rouge » pour des sites miniers à Masisi et Kalehe

Par Fulgence Milay

Le gouvernement de la République démocratique du Congo a prorogé de six mois le statut « rouge » appliqué à plusieurs sites miniers situés dans les territoires de Masisi (Nord-Kivu) et de Kalehe (Sud-Kivu). L’annonce a été rendue publique dans un communiqué du ministère des Mines, confirmant la reconduction d’une mesure initialement décidée en février 2025 face à la persistance de l’insécurité et à l’emprise des groupes armés.

Une décision portée par le cadre réglementaire

S’appuyant sur l’article 11 point b de l’Arrêté ministériel n°0677/CAB.MIN/MINES/ANSK/01/2021, le ministère justifie cette décision par « la nécessité de préserver l’intégrité du secteur minier et de protéger les communautés contre l’exploitation illégale ».

Dans son communiqué, le ministère précise :
« Est prorogé pour une période de six (6) mois, à compter du 12 août 2025, le statut Rouge des sites miniers concernés, tels que répertoriés en annexe. Cette mesure s’inscrit dans l’intérêt de la sécurité nationale et du respect des standards internationaux. »

Des chaînes illégales qui alimentent la guerre

Le gouvernement met en cause des « forces négatives » qui continuent d’opérer dans ces zones, exploitant et commercialisant illégalement l’or, l’étain et d’autres minerais stratégiques. Selon le communiqué, ces circuits clandestins créent « une chaîne d’approvisionnement illégale en violation du cadre légal congolais, du Manuel MRC de la CIRGL et des principes de diligence raisonnable ».

Il y est également mentionné que « ces chaînes d’approvisionnement illégales constituent la principale source de financement de la guerre d’agression et d’occupation », justifiant une vigilance accrue de l’État congolais.

La RDC rappelle par ailleurs que la CIRGL a institué une commission d’enquête ad hoc après sa plainte concernant la contrebande de minerais congolais transitant illicitement vers le Rwanda.

Audit possible des sites classés « rouges »

Le ministère indique que ces sites peuvent faire l’objet d’audits indépendants à tout moment. Les inspections pourront être menées à l’initiative du ministère lui-même ou d’organisations telles que l’ONU, l’OCDE, la CIRGL, ou encore d’autres acteurs engagés dans l’application des standards CTC, OCDE et CIRGL.

Comme le souligne un passage du communiqué :
« Tout organisme public ou privé, national ou international, impliqué dans la traçabilité et la certification peut solliciter ou mener un audit sur un site rouge afin d’évaluer les conditions de retour à un statut conforme. »

Selon un expert du ministère : “La situation reste extrêmement volatile”

Un expert du ministère des Mines, qui a requis l’anonymat faute d’autorisation de parler publiquement, confirme la gravité de la situation dans ces deux territoires :

« La plupart de ces sites sont infiltrés par des groupes armés qui imposent leur loi. La prolongation du statut rouge était inévitable. Tant que les conditions minimales de sécurité ne sont pas réunies, aucun retour à la normale n’est possible », a-t-il confié.

Il ajoute que « le gouvernement veut envoyer un signal clair : aucun site minier ne repassera en vert ou en jaune tant que les circuits parallèles et mafieux ne seront pas démantelés ».

Un signal fort dans la lutte contre l’économie de guerre

La reconduction du statut « rouge » s’inscrit dans la volonté du gouvernement de renforcer le contrôle du secteur minier et d’assécher les sources de financement des groupes armés. Elle marque également un rappel de l’attachement de la RDC aux normes internationales et à la transparence dans la gestion de ses ressources naturelles.

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