L’Autorité de Régulation de la Sous-Traitance dans le Secteur Privé (ARSP) se retrouve au cœur d’une grave controverse financière et administrative après une dénonciation officielle portée par un collectif d’agents et cadres de l’institution auprès des plus hautes autorités de la République démocratique du Congo.
Dans une correspondance datée du 25 mai 2026 et signée par Maître Merdy KPAMA au nom du collectif, plusieurs accusations de mégestion, de détournements présumés de fonds publics et de violations des procédures administratives ont été formulées contre la direction générale de l’établissement.
La lettre a été adressée notamment au Président de la République Félix Tshisekedi, à la Primature, à l’Assemblée nationale, au ministère de la Justice, au Procureur général près la Cour de cassation, à l’Inspection générale des finances (IGF) ainsi qu’à la Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF).
Plus de 100 millions USD de retraits présumés au cœur des accusations
Au centre de cette affaire figure un tableau de décaissements annexé au dossier transmis aux autorités, faisant état de retraits massifs d’argent effectués entre 2023 et juin 2025 sur les comptes de l’ARSP.
Selon le collectif, ces opérations financières auraient été réalisées en espèces ou via un cabinet d’avocats, pour un montant global estimé à plus de 100,4 millions de dollars américains.
Les dénonciateurs affirment que près de 45 millions USD auraient été retirés pour la seule année 2023, soulevant de sérieuses interrogations sur la traçabilité des fonds et les mécanismes de contrôle interne au sein de l’établissement public.
Ces révélations, si elles venaient à être confirmées par les organes compétents, pourraient constituer l’un des plus importants scandales financiers présumés enregistrés ces dernières années dans une entreprise publique ou parapublique en RDC.

Des impôts et cotisations sociales qui n’auraient jamais été reversés
Le collectif accuse également la direction générale de ne pas avoir reversé à la Direction générale des impôts (DGI) les retenues fiscales opérées sur les rémunérations des agents.
Le montant concerné dépasserait, selon les auteurs de la dénonciation, les 7 millions USD.
À cela s’ajoutent des accusations de non-versement des cotisations sociales dues à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), malgré les prélèvements effectués à la source sur les salaires du personnel.
Pour les agents, cette situation expose plusieurs travailleurs à des conséquences sociales et administratives graves, notamment en matière de couverture sociale et de droits liés à la retraite.
Comptes bancaires parallèles et système financier opaque
Parmi les faits jugés les plus préoccupants, le collectif évoque l’existence présumée de comptes bancaires parallèles ouverts à la SOFIBANQUE.
Selon les dénonciateurs, ces comptes auraient servi à contourner le mécanisme des comptes séquestres mis en place par les autorités de tutelle afin de sécuriser les recettes de l’institution.
La lettre fait également mention d’un endettement contracté auprès de RAWBANK à des fins supposées personnelles, sans qu’aucune précision officielle ne soit encore apportée sur les bénéficiaires ni sur les garanties liées à cette opération.
Ces allégations renforcent les soupçons autour d’une gestion financière qualifiée d’opaque par le collectif des agents.

Marchés publics controversés et accusations de népotisme
Le document transmis aux autorités congolaises évoque aussi des pratiques présumées d’attribution irrégulière de marchés publics à des entreprises proches de certains responsables de l’ARSP.
Le collectif dénonce notamment un recours excessif aux marchés de gré à gré, la neutralisation de la direction d’audit interne ainsi qu’une implication informelle de membres de la famille du directeur général dans certains marchés et circuits décisionnels.
Des accusations de favoritisme et de népotisme qui, si elles étaient établies, pourraient sérieusement fragiliser la crédibilité de l’institution chargée pourtant de promouvoir la transparence dans la sous-traitance en RDC.
Des fonds présumés liés au projet de révision constitutionnelle
L’un des aspects les plus sensibles de cette affaire concerne des accusations d’encaissement anticipatif de redevances auprès de plusieurs entreprises, principalement minières.
Selon le collectif, ces fonds auraient été sollicités sous prétexte de soutenir des activités liées au projet de révision constitutionnelle.
Bien qu’aucune preuve judiciaire n’ait encore été rendue publique à ce stade, cette allégation pourrait avoir une portée politique majeure si elle venait à être confirmée par les enquêtes des services compétents.
Climat social tendu et accusations d’agression
Au-delà des questions financières, les agents dénoncent également une détérioration du climat social au sein de l’ARSP.
Ils évoquent notamment des arriérés de loyers et de fonctionnement des directions provinciales depuis août 2025, soit près de dix mois sans prise en charge adéquate de certaines structures.
Le collectif parle aussi de suppression ou de paiement sélectif des primes statutaires du personnel.
Plus grave encore, une agression physique présumée d’un agent par des gardes du corps du directeur général lors d’une réunion de service est également rapportée dans le dossier transmis aux autorités.

Le collectif réclame un audit indépendant et des enquêtes approfondies
Face à l’ampleur des accusations formulées, le Collectif des agents et cadres de l’ARSP demande l’ouverture urgente d’une mission d’audit indépendante conduite par l’Inspection générale des finances (IGF) ainsi que les autres structures de contrôle habilitées.
L’objectif affiché est d’établir la réalité des faits dénoncés, d’évaluer la situation financière réelle de l’établissement et d’identifier les éventuelles responsabilités administratives ou judiciaires.
Le dossier transmis comprend plusieurs annexes, documents comptables et pièces justificatives que les dénonciateurs estiment suffisamment solides pour justifier l’ouverture d’investigations approfondies.
Silence de la direction générale
À ce stade, la direction générale de l’ARSP n’a pas encore réagi publiquement aux accusations portées contre elle.
En attendant une éventuelle prise de parole officielle ou l’ouverture d’enquêtes par les institutions compétentes, cette affaire suscite déjà de nombreuses réactions dans l’opinion publique et relance le débat sur la gouvernance, la transparence et le contrôle des finances publiques en République démocratique du Congo.















