Lobito Corridor : un pivot stratégique à repenser pour l’intégration régionale

Par Fulgence Milay

Au cœur des débats sur la gouvernance des ressources en Afrique centrale, la question du corridor de Lobito a émergé comme un enjeu majeur de développement régional. La Sentinelle des Ressources Naturelles, par la voix de son Directeur Exécutif, Jean-Pierre Okenda, a livré une analyse profonde sur la nécessité de transformer ce couloir minier en véritable moteur d’intégration économique.

Un corridor vital, mais encore fragile

Le corridor de Lobito, qui vise à relier les richesses minières de la RDC et de la Zambie au port angolais de Lobito, s’impose comme l’une des infrastructures les plus stratégiques du moment. Conçu initialement pour faciliter l’exportation des minéraux critiques, il est aujourd’hui au centre des attentes des gouvernements, investisseurs et communautés locales.

Pourtant, comme l’a rappelé Okenda, « le modèle actuel montre des limites évidentes » et pourrait, à long terme, ne pas répondre à toutes les ambitions régionales.

Quatre défis majeurs pointés du doigt

Dans son intervention, le Directeur Exécutif de la Sentinelle des Ressources a articulé son propos autour de quatre défis structurants :

  1. L’externalisation des priorités, qui menace de décaler les objectifs entre gouvernements, institutions régionales et communautés de base, créant des tensions dans la définition des bénéfices attendus.
  2. Le déficit de transparence, un terrain propice à la désinformation et à la spéculation. Ce manque de clarté affaiblit la confiance des populations et empêche une participation inclusive.
  3. Le partage inéquitable des bénéfices, l’une des failles les plus sensibles. Okenda appelle à une redistribution juste, condition indispensable pour éviter les déséquilibres économiques et politiques entre les pays concernés.
  4. La faiblesse de la volonté politique, sans laquelle aucun projet structurant ne peut aboutir durablement. La réussite du corridor exige un engagement réel, coordonné et constant.

Passer d’un corridor logistique à un corridor de développement

Pour Jean-Pierre Okenda, le véritable enjeu dépasse la fonction initiale du corridor, centrée sur le transport de minerais. Il propose une approche intégrée, élargissant la vision à plusieurs secteurs clés :

l’énergie, pour sécuriser l’approvisionnement des pays traversés ;

l’agriculture, afin de dynamiser les économies locales ;

la transformation locale des ressources, visant à réduire l’exportation brute et augmenter la valeur ajoutée sur place ;

la mobilité des citoyens, indispensable à une intégration économique réelle.

« Un corridor qui ne transforme pas les économies locales n’est qu’une route de transit », a-t-il averti, plaidant pour un modèle capable de générer prospérité, stabilité et interconnexion dans la région.

Un passage obligé pour l’intégration régionale

Au-delà de ses aspects techniques, le corridor de Lobito est un symbole : celui d’un Afrique centrale cherchant à consolider son intégration économique et politique. La réussite de ce projet dépendra de trois piliers essentiels : transparence, équité et engagement politique.

Le forum de Lusaka a rappelé que le corridor de Lobito peut être bien plus qu’un axe de transport ; il peut devenir un levier d’unité régionale et de développement partagé, à condition de revoir son architecture stratégique et d’impliquer tous les acteurs.

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