La République démocratique du Congo affine sa stratégie d’intégration au marché américain. À travers la nouvelle stratégie nationale AGOA-RDC 2025-2026, le gouvernement congolais a identifié 26 filières prioritaires destinées à diversifier les exportations du pays et à réduire progressivement la dépendance aux minerais.
L’annonce, relayée par le ministre du Commerce extérieur Julien Paluku Kahongya, s’inscrit dans une dynamique plus large de repositionnement économique de la RDC, alors que Washington renforce ses partenariats avec des pays africains jugés stratégiques pour la sécurité des chaînes d’approvisionnement et la diversification commerciale.
L’agro-industrie, pilier central de la diversification
Au cœur de cette nouvelle orientation figure l’agro-industrie, présentée comme le principal moteur de la transformation économique. Le secteur est appelé à jouer un rôle clé dans la création de valeur, l’emploi et l’augmentation des exportations non minières vers les États-Unis.
Parmi les produits phares retenus figurent le café, le cacao, le thé, l’huile de palme et le quinquina, auxquels s’ajoutent les fruits tropicaux tels que l’ananas, la mangue, la banane et l’avocat, très prisés sur le marché américain. Les épices et tubercules, notamment le gingembre, le piment, le sésame et le manioc transformé en farine de haute qualité, complètent cette offre à fort potentiel.
Cette orientation vise à positionner la RDC comme un fournisseur agricole crédible, capable de répondre à la demande croissante des consommateurs américains pour des produits tropicaux traçables et de qualité.

Les minerais restent stratégiques, mais avec plus de valeur ajoutée
Si l’AGOA encourage la diversification, les mines et métaux de base demeurent un pilier incontournable de l’économie congolaise. Le cuivre, le cobalt, l’or, le diamant et les minerais dits 3T (étain, tantale et tungstène) restent au cœur des échanges.
La nouveauté réside toutefois dans la volonté affichée de favoriser une première transformation locale, afin d’augmenter la valeur ajoutée avant l’exportation. Cette approche s’aligne avec les attentes américaines, notamment dans les secteurs des batteries, de l’électronique et des technologies vertes.
Textile, cuir et artisanat : un levier social et industriel
Le secteur du textile, du cuir et de l’artisanat bénéficie d’avantages spécifiques dans le cadre de l’AGOA, notamment la disposition dite du “tissu de pays tiers”, qui permet d’importer des matières premières pour les transformer localement avant exportation.
Les opportunités identifiées concernent la confection de vêtements, les sacs en raphia et les produits artisanaux à forte valeur symbolique et esthétique. Ce secteur est également perçu comme un important gisement d’emplois, particulièrement pour les femmes et les jeunes, contribuant ainsi à l’inclusion sociale.
Élevage et pêche : des filières à structurer pour l’export
L’élevage et la pêche figurent également parmi les filières retenues, avec un accent mis sur l’exportation de produits transformés respectant les normes sanitaires américaines. Poissons et viandes transformées pourraient ainsi accéder au marché américain, à condition d’une mise à niveau rigoureuse des chaînes de production et de contrôle.

La “Marque-Pays RDC”, clé de la réussite sur le marché américain
Au-delà des filières, la stratégie AGOA-RDC met l’accent sur un élément central : la construction d’une véritable “Marque-Pays”. Pour réussir aux États-Unis, les opérateurs congolais sont appelés à miser sur la qualité, la certification, le respect des normes de la FDA et de l’Office congolais de contrôle, ainsi que sur un emballage moderne et écologique.
Le gouvernement encourage également les partenariats avec la diaspora congolaise aux États-Unis, considérée comme un relais stratégique pour la distribution, la promotion et l’ancrage des produits congolais sur le marché américain.
Une stratégie en phase avec le nouveau partenariat RDC–USA
Cette feuille de route AGOA 2025-2026 intervient dans un contexte de rapprochement économique marqué entre Kinshasa et Washington, notamment autour des minéraux critiques, mais aussi d’une volonté partagée de bâtir des partenariats plus équilibrés et durables.
En misant sur 26 filières prioritaires, la RDC affiche l’ambition de passer d’une économie principalement extractive à une économie plus diversifiée, compétitive et créatrice de valeur, capable de tirer pleinement profit des opportunités offertes par l’AGOA.



















