RDC – Émirats arabes unis : APEG, un partenariat économique stratégique aux enjeux économiques et sécuritaires majeurs

Par Charly Makansia

La République démocratique du Congo et les Émirats arabes unis (EAU) ont franchi un cap historique dans leurs relations bilatérales avec la signature, le lundi 2 février 2026 à Abu Dhabi, de l’Accord de Partenariat Économique Global (APEG). Conclu au palais présidentiel Qasr Al Watan, cet accord marque une volonté commune de transformer en profondeur les échanges commerciaux, tout en assainissant les circuits économiques longtemps infiltrés par des réseaux mafieux.

Une dynamique commerciale en forte croissance

Les chiffres illustrent l’ampleur du virage engagé. Estimés à 1,2 milliard USD en 2020, les échanges commerciaux entre la RDC et les Émirats arabes unis ont atteint 3,5 milliards USD en 2023, puis 4,5 milliards USD en 2024. À l’horizon 2030, les deux pays projettent un volume d’échanges de 10 milliards USD, un objectif qui place les Émirats parmi les partenaires économiques stratégiques majeurs de la RDC.

Au cœur de l’accord figure l’ouverture du marché émirati à 6 000 produits congolais, issus de secteurs variés, contre 7 000 produits originaires des Émirats arabes unis. Cette diversification ouvre des perspectives inédites pour les producteurs, exportateurs et industriels congolais.

Une vision présidentielle axée sur la diversification

La signature de l’APEG s’inscrit pleinement dans la trilogie économique prônée par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo :
diversification de l’économie, diversification des marchés et diversification des partenaires.

Selon le ministre congolais du Commerce extérieur, Julien Paluku, cet accord constitue « un événement historique » et l’aboutissement d’un processus engagé dès la participation de la RDC à l’Expo Dubaï 2020.

Cette dynamique avait déjà permis la structuration des exportations minières, notamment l’or, dont les volumes sont passés de quelques kilos à près de 9 tonnes, mettant fin à des circuits informels dominés par des pays de transit.

Briser les réseaux illicites et renforcer la sécurité économique

Au-delà de l’aspect commercial, l’APEG revêt une portée sécuritaire stratégique. En structurant les échanges et en instaurant des règles d’origine claires, l’accord vise à tarir les circuits frauduleux, particulièrement dans le secteur minier, longtemps utilisé pour financer des réseaux criminels et des groupes armés.

La signature du protocole sur les mines, adossé à l’accord principal, participe à cette logique de transparence et de traçabilité, en ligne avec la volonté congolaise de reprendre le contrôle souverain de ses ressources naturelles.

Des accords connexes pour soutenir la transformation structurelle

La coopération RDC–EAU ne se limite pas au commerce. La signature de l’APEG a été suivie par :

  • Un protocole de coopération minière,
  • un accord sur l’Académie diplomatique,
  • et un partenariat avec l’ONATRA pour la modernisation des infrastructures de transport.

Ces accords complémentaires visent à réduire les coûts logistiques, notamment grâce au port en eau profonde de Banana, afin de rendre les produits congolais plus compétitifs sur les marchés internationaux.

Des retombées économiques et sociales attendues

Pour les autorités congolaises, les bénéfices de ce partenariat sont déjà perceptibles pour la population. L’accès à un marché aussi vaste et solvable que celui des Émirats arabes unis constitue un levier puissant de création d’emplois, de stimulation de l’investissement privé et d’augmentation des recettes publiques.

À moyen terme, le Gouvernement ambitionne de faire passer le PIB congolais d’environ 80 milliards USD aujourd’hui à 500 milliards USD d’ici 2030, en s’appuyant sur des partenariats structurants comme celui conclu avec les Émirats.

Un mécanisme de suivi pour garantir l’efficacité

L’accord prévoit la mise en place de comités mixtes RDC–EAU, chargés d’assurer sa bonne exécution, d’évaluer les résultats et de lever les obstacles éventuels. Une approche qui traduit la volonté des deux États de privilégier des résultats concrets et mesurables.

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