Les relations diplomatiques entre le Rwanda et le Royaume-Uni connaissent une nouvelle dégradation majeure. Kigali réclame 100 millions de livres sterling à Londres à la suite de l’annulation de l’accord controversé sur la déportation des demandeurs d’asile vers le Rwanda, conclu en 2022 sous le gouvernement conservateur de Boris Johnson.
Selon des informations rapportées par la BBC, le gouvernement rwandais a engagé une procédure d’arbitrage international, estimant que le Royaume-Uni a violé les termes contractuels de cet accord en mettant fin unilatéralement aux paiements prévus. La plainte a été déposée auprès de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye.
Dans un communiqué officiel, Kigali affirme que Londres a fait preuve « d’intransigeance » et n’a pas respecté les procédures formelles de résiliation. Le Rwanda réclame ainsi le versement de paiements restant dus pour les années 2025 et 2026, évalués à environ 68,9 millions de dollars, somme que les autorités rwandaises estiment contractuellement acquise.
L’accord, désormais abandonné, prévoyait que le Rwanda accueille des migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni, en contrepartie d’un soutien financier britannique. Bien que le dispositif n’ait jamais été pleinement mis en œuvre, Londres avait déjà versé près de 276 millions d’euros à Kigali. Un solde supplémentaire de 57 millions d’euros, attendu en avril, n’a jamais été transféré, selon les autorités rwandaises.
Arrivé au pouvoir en juillet 2024, le Premier ministre travailliste Keir Starmer a définitivement enterré ce projet dès ses premières heures à Downing Street. Le 6 juillet 2024, il déclarait que ce plan était « mort et enterré », le qualifiant de gaspillage de l’argent des contribuables, inefficace et moralement contestable. Le projet avait en effet suscité une vive indignation sur les plans juridique et éthique, la Cour suprême britannique ayant jugé que le Rwanda ne pouvait être considéré comme un pays sûr pour les demandeurs d’asile.
Le gouvernement britannique a affirmé qu’il défendrait fermement sa position dans cette procédure d’arbitrage.
Un contentieux juridique sur fond de crise régionale en RDC
Au-delà du litige financier, cette bataille judiciaire s’inscrit dans un contexte diplomatique déjà profondément détérioré. La République démocratique du Congo est au cœur de cette dégradation des relations entre Kigali et Londres.
En mars 2025, le Royaume-Uni avait annoncé la suspension de toute aide financière au Rwanda, invoquant son soutien avéré aux rebelles de l’AFC/M23, responsables de graves violences et d’une déstabilisation persistante dans l’est de la RDC. Cette position britannique faisait écho à plusieurs rapports internationaux accusant Kigali d’un appui militaire, logistique et politique à ces groupes armés.
Pour de nombreux observateurs congolais, la crise actuelle entre le Rwanda et le Royaume-Uni n’est donc pas seulement contractuelle : elle est aussi la conséquence directe de l’implication du Rwanda dans le conflit à l’est de la RDC, qui a progressivement isolé Kigali sur le plan diplomatique et fragilisé ses partenariats internationaux.
Alors que Londres et Kigali s’affrontent désormais sur le terrain juridique, cette affaire illustre une fois de plus comment les dynamiques régionales, notamment le conflit congolais, pèsent lourdement sur les relations internationales et les équilibres diplomatiques en Afrique centrale.





















