Corridor de Lobito : un projet intégrateur régional qui met en péril l’indépendance économique de la RDC ?

Par Osée KABAMBA

Constituant l’une des plus grandes initiatives d’intégration régionale, le corridor de Lobito est un réseau ferroviaire et routier stratégique qui relie l’Angola, la République démocratique du Congo et la Zambie. Soutenu par les États‑Unis, l’Union européenne, la Banque africaine de développement et d’autres partenaires, le projet vise à faciliter et sécuriser l’évacuation des minerais vers des marchés extérieurs, à améliorer la connectivité régionale et à réduire les coûts logistiques pour les exportateurs. Il attire aussi des investissements dans la logistique, l’agriculture et l’exploitation minière, notamment pour les minéraux critiques essentiels à la transition énergétique mondiale.

Prémices du projet

Présidée conjointement par les chefs d’État de la RDC, de la Zambie et de l’Angola, la cérémonie publique de signature de l’accord visant à renforcer les exportations de minerais via le corridor ferroviaire angolais de Lobito a eu lieu le 4 juillet 2023, à Lobito, en Angola. Elle a pour ainsi dire officialisé les dispositions opérationnelles relatives au projet.

Dans la même optique, et pour redynamiser ce projet stratégique, le 4 décembre 2024, le président congolais Félix Tshisekedi a participé à une réunion multilatérale consacrée au corridor de Lobito. Cette rencontre a réuni plusieurs chefs d’État et hauts responsables, dont le président des États‑Unis, Joe Biden, le président zambien Hakainde Hichilema, le vice‑président de la Tanzanie et le président angolais João Lourenço.

Cadre juridique et protocoles pour consolider le projet

Au cours du même mois de décembre, le Parlement congolais a adopté, après de longs débats, le texte de loi autorisant la ratification par la RDC de l’accord portant création de l’Agence de Facilitation du Transport en Transit du Corridor de Lobito (AFTTCL). Ce texte est le fruit de l’accord tripartite signé le 27 janvier 2023 entre la RDC, l’Angola et la Zambie ; il pose le cadre juridique et institutionnel nécessaire au projet.

Aujourd’hui, près d’une année après cette importante rencontre, le projet semble avancer vers sa concrétisation. Des protocoles de financement et de coopération impliquant la Banque africaine de développement, l’Africa Finance Corporation, les États‑Unis et l’Union européenne ont été signés ou annoncés dans la foulée. Pour aider a atténuer les risques associés à cette initiative, le Fonds africain de développement a alloué une subvention de 500 millions de dollars.

Kinshasa sensibilise ses partenaires internationaux

Les récents résultats des études de préfaisabilité menées par des experts de l’UE et des États‑Unis, présentés au gouvernement congolais, ont permis d’estimer les investissements nécessaires ainsi que les délais de réalisation. Le coût initial de la première phase, la réhabilitation de la ligne ferroviaire Dilolo–Kolwezi–Tenke, est évalué à plus de 410 millions d’’euros.

De son côté, Kinshasa mobilise ses partenaires financiers. En marge de la 2ᵉ édition du Global Gateway Forum, qui s’est tenue à Bruxelles du 9 au 10 octobre, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, a plaidé pour que les investissements liés au corridor de Lobito profitent directement aux populations locales. Quelques jours plus tard, lors des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international et du Groupe de la Banque mondiale, qui se sont tenues à Washington du 13 au 18 octobre 2025, le ministre congolais des Finances, Doudou Fwamba, a sollicité 500 millions de dollars auprès de la Banque mondiale pour appuyer le financement du projet.

Avis controversé sur l’impact du corridor de Lobito

Alors que Kinshasa présente ce projet comme « bien plus qu’un axe de transport », une opportunité d’intégration régionale et de transformation économique, et que Washington s’investit pleinement dans le dossier, à en croire l’ambassadrice des États‑Unis en RDC, Lucy Tamlyn, le texte autorisant la ratification par l’exécutif national de l’accord portant création de l’AFTTCL n’a pas fait l’unanimité au Sénat congolais. De nombreux sénateurs ont exprimé des préoccupations, notamment sur les retombées économiques pour la RDC, et ont martelé la nécessité de relancer les corridors internes.

D’autres analystes expriment également des réserves face à ce partenariat et aux risques qu’il fait peser sur la souveraineté économique du pays, préconisant la construction d’infrastructures nationales. C’est l’avis de Charles Kabuya, avocat, écrivain et essayiste congolais, qui estime que la dépendance aux infrastructures des pays voisins met en péril la souveraineté économique de la RDC et le contrôle de ses ressources stratégiques : « Tant que la voie nationale sera inexistante, notre pays restera otage de ses voisins. Cette dépendance compromet non seulement notre sécurité économique, mais également notre pleine souveraineté », souligne‑t‑il.

L’écrivain congolais, engagé dans les domaines de la politique, de l’économie et du développement, propose la création d’une société d’économie mixte dédiée à l’exploitation et à la gestion d’un futur réseau ferroviaire interprovincial. « Ce projet n’est pas un rêve : c’est une nécessité vitale pour libérer la RDC de la dépendance régionale », argue‑t‑il.

La question demeure sur toutes les lèvres : la RDC doit‑elle confier la valorisation de ses minerais à des infrastructures étrangères, alors qu’elle possède elle‑même un accès à l’Atlantique comme l’Angola, principal bénéficiaire du projet ?,.

Osée Kabamba

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