La République démocratique du Congo vit depuis mi septembre 2025, une situation inédite : l’appréciation de sa monnaie locale, le franc congolais.
Une situation que le pays n’a jamais vécu depuis l’entrée en lisse de cette monnaie en 1998.
Plusieurs décennies ont passé sans que la devise nationale ne retrouve sa valeur monétaire vis-à-vis des monnaies étrangères dont principalement le dollar américain.
La tendance de la dépréciation régulièrement observée sur le marché des changes s’est insidieusement ancrée dans les mentalités des Citoyens congolais.
Paradoxalement, le « brusque » affermissement du franc congolais observé à ces jours sur le marché des changes – qui devrait plutôt faire l’unanimité – est au cœur d’une grande controverse.
Si pour certains analystes, il s’agit d’une appréciation « apparente », pour d’autres par ailleurs c’est un élan vers la consolidation d’une devise longtemps qualifiée de « faible ».
L’appréciation du CDF, indicateur de croissance ou de décroissance
Mais entre l’apparence et la consolidation, le vrai problème demeure celui de prix des biens et services dont le cours peine à suivre le rythme de cette appréciation monétaire.
De cette observation, des analystes plus corsés estiment qu’il n’en vaut pas la peine de saluer une appréciation qui n’a nullement une incidence majeure sur le pouvoir d’achat des Congolais.
C’est le cas de Charles Omambo, juriste et analyste économique pour qui l’affermissement de la monnaie nationale a par contre jugulé le pouvoir d’achat et participé à augmenter la précarité.
Selon cet analyste, les décideurs congolais ont la possibilité de capitaliser cette appréciation monétaire, au travers notamment de la législation économique qui impose une orientation spécifique aux opérateurs économiques sur la fixation des prix des biens et services, qu’ils vendent. La réalité est tout autre. Au lieu d’être un indice de croissance, cette appréciation paupérise et sème les doutes.
Convaincue de la dynamique positive que va générer l’affermissement monétaire, André Wameso, Gouverneur de la Banque centrale du Congo ou disons le protagoniste de cette appréciation monétaire, a multiplié de sortie pour expliquer l’enjeu de cette politique monétaire mise en place.
La plus importante de ces sorties est celle faite devant la représentation nationale à l’hémicycle de la Chambre basse du Parlement le 06 novembre dernier.
Pour Wameso, cette appréciation reste soutenue par des mesures monétaires efficaces, à l’instar de l’actualisation du taux de change appliqué au stock de la réserve obligatoire, cristallisée en monnaie nationale. Une mesure ayant permis le retrait des excédents de liquidités à l’origine des pressions sur le marché de change. Conséquence, une relative stabilité du taux de change s’observe depuis plus de deux semaines déjà.
Mais est-ce suffisant ? D’autres mesures devraient accompagner cette appréciation pour consolider son élan de croissance, estime l’association des consommateurs des produits vivriers.
Pour le président de cette association, Patrice Musoko, il n’y a pas mille magie à opérer si ce n’est le renforcement du pouvoir d’achat et la mise en place des mesures d’encadrement efficaces.

Le schéma vers la dédollarisation
Dans un paysage économique marqué par l’extraversion où l’essentiel des produits de consommation provient de l’extérieur, la solidité de cette appréciation monétaire laisse à désirer.
D’où l’urgence de mettre au point un schéma – si minime soit-il à première vue – permettant de sortir la RDC de ce carcan d’une dépendance aberrante vers l’extérieur.
Renforcer la production et la consommation locale, encourager les petits commerces, propulser l’écosystème entrepreneurial en faveur des nationaux, utiliser de plus en plus la monnaie nationale… Autant de pistes de solutions classées sans suite dans les tiroirs des décideurs.
Une dépendance aux USD devenue génétique
Pendant ce temps, outre les 3 milliards de dollars américains (selon les chiffres officiels) dépensés annuellement pour importer des produits agroalimentaires, les Congolais peinent à se désolidariser du dollar américain.
Cette monnaie étrangère consommée régulièrement et à qui l’on accorde tous les mérites : dans des transactions commerciales, dans des opérations bancaires, épargnes…
À ces jours, d’après la Banque centrale du Congo, 89% des dépôts bancaires restent libellés en dollars américains.
Cette dépendance presque génétique à la devise nationale du pays de l’oncle Sam – si l’on s’en libère pas – va maintenir sempiternellement le franc congolais dans sa posture de monnaie « faible ».
HB















