À la suite des réactions qui fusent après les accords signés à Washington entre la République démocratique du Congo, le Rwanda et les États-Unis, l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP), à travers un communiqué et par la voix de son président, le professeur Florimond Muteba Tshitenge, a vivement fustigé ces accords, qu’il estime inadaptés, inappropriés et préjudiciables aux intérêts fondamentaux de la RDC.
Un accord contesté dès sa publication
Dans un document d’analyse approfondi de 17 pages intitulé « Comment le régime Tshisekedi a officiellement hypothéqué notre indépendance nationale ? », l’ODEP livre une lecture sévère des accords présentés comme un cadre de pacification durable de l’Est de la République démocratique du Congo.
Pour l’organisation, loin d’apporter une solution structurelle aux conflits armés, ces accords consacrent une dynamique d’intégration régionale déséquilibrée, dans laquelle la RDC apparaît comme la principale perdante, tant sur le plan politique qu’économique.
Une intégration régionale jugée asymétrique
L’ODEP dénonce une intégration économique et sécuritaire asymétrique, estimant que les mécanismes prévus profitent davantage aux partenaires extérieurs qu’à la RDC.
Selon le rapport, les dispositifs de coordination sécuritaire et de surveillance économique contenus dans l’accord réduisent la marge de manœuvre de l’État congolais et affaiblissent sa capacité à exercer un contrôle souverain sur son territoire et ses richesses naturelles.
Les minerais stratégiques au cœur des inquiétudes
Un point central de la critique de l’ODEP concerne la gestion des minerais stratégiques, notamment le cobalt, le coltan et le lithium.
L’organisation estime que les accords ouvrent la voie à une exploitation organisée de ces ressources au profit d’acteurs étrangers, sous couvert de coopération régionale et de stabilisation sécuritaire, sans garanties suffisantes pour les intérêts nationaux congolais.
Pour l’ODEP, cette logique perpétue un modèle économique extraverti, hérité de l’époque coloniale, qui maintient la RDC dans le rôle de simple fournisseur de matières premières brutes.
Des négociations sous influence internationale
Le rapport critique également le cadre des négociations menées à Doha et à Washington, que l’ODEP considère comme marquées par de fortes influences géopolitiques extérieures.
Selon l’Observatoire, ces négociations répondent davantage aux priorités stratégiques et industrielles des grandes puissances qu’aux besoins réels du peuple congolais, notamment en matière de sécurité durable et de développement économique inclusif.
L’absence de garanties pour les Congolais
Autre grief majeur soulevé par l’ODEP :
L’absence de garanties claires et contraignantes pour assurer que les ressources minières profitent prioritairement aux Congolais.
Le document déplore notamment :
l’absence de quotas obligatoires de transformation locale des minerais ;
le manque de mécanismes de protection contre la surexploitation ;
l’insuffisance de mesures favorisant l’industrialisation nationale et la création d’emplois locaux.
Pour l’ODEP, cette situation accentue la pauvreté et les inégalités dans un pays pourtant richement doté en ressources naturelles.
Les recommandations de l’ODEP
Face à ce qu’il qualifie de dérive stratégique majeure, l’ODEP appelle à une refonte profonde de la coopération internationale de la République démocratique du Congo.
L’organisation recommande notamment :
la renégociation des accords jugés déséquilibrés ;
l’adoption d’un modèle de développement endogène et autocentré ;
la promotion des partenariats Sud-Sud ;
l’instauration de mécanismes contraignants de transformation locale des minerais ;
le renforcement effectif de la souveraineté de l’État sur ses ressources naturelles.
Pour le professeur Florimond Muteba Tshitenge, seule une telle orientation permettra à la RDC de transformer ses richesses minières en un véritable levier de développement durable, de paix et d’indépendance nationale réelle.















