Longtemps resté silencieux et discret, Esdras Kambale Bahekwa, ancien ministre et ancien ambassadeur de la RDC en République centrafricaine, a brisé le silence dans une interview exclusive accordée à la rédaction de Pano5news. Dans cet entretien, l’homme d’État livre sa lecture de la crise sécuritaire persistante dans l’Est du pays, évoque les pistes de sortie de guerre et adresse un message d’espoir aux populations meurtries.
Une lecture géopolitique de l’insécurité à l’Est
Interrogé sur l’évolution récente de la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, notamment au regard des accusations récurrentes d’implication du Rwanda dans l’instabilité régionale, Esdras Kambale Bahekwa a livré une analyse sans détour. L’ancien ministre estime que la persistance de l’insécurité dans la partie orientale du pays s’inscrit dans une dynamique historique et géopolitique complexe qui mérite d’être examinée avec lucidité.
Dans ses propos, il a notamment détaillé ce qu’il qualifie de causes profondes de l’occupation rwandaise dans l’Est de la RDC, évoquant une stratégie qui passerait, selon lui, par une volonté de revisitation des frontières héritées de la colonisation et par la convoitise de certaines terres, particulièrement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Pour lui, toute approche durable de la paix devra impérativement tenir compte de ces enjeux structurels.
La diplomatie, une option responsable à consolider
Invité à formuler des conseils stratégiques aux autorités congolaises pour mettre définitivement fin à la guerre, Esdras Kambale Bahekwa a insisté sur la pertinence de l’option diplomatique actuellement privilégiée. Il estime que la démarche engagée au sommet de l’État constitue, à ce stade, une orientation responsable face à la complexité de la crise.
Selon lui, la voie diplomatique entreprise par le Président de la République demeure salutaire en ce qu’elle permet d’éviter un bain de sang supplémentaire tout en contribuant à mettre à nu les véritables plans des ennemis de la RDC sur la scène internationale. Il appelle toutefois à une mobilisation nationale cohérente pour renforcer cette dynamique en faveur d’une paix durable.
Dialogue national : oui au principe, mais…
Réagissant aux appels en faveur d’un éventuel dialogue national pour consolider la paix, l’ancien diplomate adopte une position nuancée. Il reconnaît que le principe du dialogue n’est pas mauvais en soi, dans la mesure où il permet de mettre les adversaires autour d’une même table afin de rechercher des solutions concertées.

Cependant, pour ce qui concerne spécifiquement la guerre dans l’Est de la RDC, Esdras Kambale Bahekwa préconise une approche plus ciblée. Il propose un dialogue à deux camps, impliquant directement la partie congolaise et la partie rwandaise. Pour lui, un face-à-face franc entre les deux protagonistes permettrait de faire jaillir la vérité et de clarifier les responsabilités, condition essentielle, selon lui, pour avancer vers une paix durable.
Un message d’espoir aux populations du Nord-Kivu
S’adressant aux populations de l’Est, en particulier celles du Nord-Kivu durement éprouvées par des années de conflits, le notable originaire de la région a lancé un message empreint d’espoir et de résilience. Il a salué le courage des communautés locales qui, malgré les épreuves répétées, continuent de faire preuve d’une remarquable capacité de résistance.
Dans son message, il a insisté sur la nécessité de garder confiance en l’avenir, affirmant que la paix finira par gagner du terrain. Il estime que la détermination des populations, combinée aux efforts des autorités et des partenaires engagés pour la stabilisation de la région, constitue un socle essentiel pour entrevoir la fin des violences.
Les richesses minières, au cœur des convoitises
Abordant enfin la question de l’efficacité de la diplomatie présidentielle, Esdras Kambale Bahekwa a replacé le débat dans le contexte des immenses richesses naturelles de la RDC. Selon lui, le potentiel minier stratégique du pays constitue à la fois une opportunité majeure de développement et un facteur de convoitise qui attise les appétits extérieurs.
Dans cette perspective, il salue la démarche diplomatique engagée par le Chef de l’État, qu’il considère comme la solution ultime pour éviter une escalade meurtrière tout en défendant les intérêts du pays sur la scène internationale. Pour lui, une diplomatie bien menée peut non seulement contribuer à faire taire les armes, mais aussi à mettre en lumière les véritables enjeux autour des ressources congolaises et à consolider les bases d’une paix durable dans l’Est de la RDC.















