Ebola en RDC : la chaîne de transmission sous surveillance, la mobilisation appelée à se poursuivre

Par Fulgence Milay

La riposte contre l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo connaît des avancées dans la surveillance des contacts et le renforcement des capacités de diagnostic. Mais derrière ces signes encourageants, la vigilance demeure le fil conducteur d’une lutte qui ne saurait s’achever avant l’interruption complète de la chaîne de transmission.

Des indicateurs qui s’éclairent

Le point sur l’évolution de l’épidémie a été présenté mardi 15 septembre 2026, à Kinshasa, lors d’une conférence de presse animée par le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe. À ses côtés, le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) et membre de la task force présidentielle, ainsi que le professeur Placide Mbala, directeur de la Recherche, des Essais cliniques et de l’Innovation à Africa CDC.

De retour d’une mission à Bunia, chef-lieu de l’Ituri, le professeur Muyembe a fait état d’une amélioration de plusieurs indicateurs de surveillance. Sa mission lui a notamment permis de visiter des centres de traitement, des laboratoires et des sites d’essais cliniques, tout en évaluant la coordination entre les équipes nationales et les partenaires engagés dans la riposte.

« Nous avons constaté que certains indicateurs de la surveillance se sont nettement améliorés. Le suivi des contacts est passé de moins de 40 % à plus de 80 % », a-t-il déclaré.

Si l’objectif demeure d’atteindre une couverture comprise entre 85 % et 100 %, cette progression constitue, selon le directeur général de l’INRB, une avancée significative dans le travail de veille sanitaire.

Le diagnostic, une lumière au service de la riposte

La capacité de diagnostic a également connu une évolution importante. De deux laboratoires au début de l’épidémie, le dispositif est passé à 24 structures opérationnelles, selon les données présentées par le professeur Muyembe.

Cette montée en puissance permet de rapprocher l’analyse des échantillons des zones affectées et de réduire les délais nécessaires à la confirmation des cas suspects. Une évolution qui tranche avec les premières étapes de la riposte, lorsque les prélèvements étaient envoyés à l’étranger.

« Les échantillons étaient envoyés au CDC, aux États-Unis, et il fallait attendre une ou deux semaines avant de recevoir les résultats. Aujourd’hui, nous commençons à maîtriser les paramètres de notre épidémie », a expliqué Jean-Jacques Muyembe.

Pour les équipes sanitaires, cette capacité à produire rapidement des données constitue un instrument essentiel. Elle permet d’éclairer les décisions, d’orienter les interventions et de limiter les zones d’ombre dans le suivi de la maladie.

Des signaux encourageants, mais une vigilance intacte

Autre indicateur évoqué lors du point de presse : le taux de positivité des échantillons, qui serait passé de 60 % au début de l’épidémie à 25 %. Cette évolution est présentée comme un signe de recul de la circulation du virus.

Le professeur Muyembe appelle toutefois à ne pas confondre amélioration des indicateurs et fin de l’épidémie. La maîtrise progressive des paramètres sanitaires ne dispense pas de maintenir la surveillance, le suivi des contacts et les capacités de réponse.

Une prudence partagée par Africa CDC. Le professeur Placide Mbala a signalé que certaines zones de santé de l’Ituri continuaient d’enregistrer une légère hausse de l’incidence. La situation au Nord-Kivu, a-t-il ajouté, appelle également une attention particulière.

La chaîne de solidarité appelée à rester mobilisée

« Nous avons accompli des progrès, mais ce n’est pas le moment de baisser les bras », a insisté Placide Mbala, appelant à poursuivre les efforts pour atteindre un suivi de 100 % des contacts et parvenir au cas zéro.

Cette mobilisation concerne aussi bien les ressources financières et logistiques que l’implication des communautés. Dans la lutte contre Ebola, chaque contact suivi, chaque cas suspect identifié et chaque information correctement relayée participe à la construction d’une réponse collective.

Patrick Muyaya a, pour sa part, réaffirmé l’engagement du gouvernement à mobiliser les moyens nécessaires à la poursuite de la riposte. Il a également invité les populations à collaborer avec les équipes sanitaires et à se prémunir contre la désinformation, susceptible de fragiliser les efforts déployés sur le terrain.

La progression enregistrée offre ainsi une lueur d’espoir. Mais la lumière de la victoire sanitaire ne pourra pleinement s’établir qu’au terme d’une vigilance constante, d’une coordination renforcée et d’une mobilisation maintenue jusqu’à la rupture complète de la chaîne de transmission.

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