Archives minières en Belgique : la RDC appelée à prendre l’initiative

Par Charly Makansia

Des archives uniques héritées de l’époque coloniale, aujourd’hui conservées en Belgique, se retrouvent au centre d’un débat qui dépasse largement la mémoire historique. Bruxelles a refusé d’accorder à l’entreprise américaine KoBold Metals, actuellement en partenariat avec Kinshasa, un accès direct aux archives géologiques liées aux ressources minières congolaises.

Cette décision relance plusieurs questions sensibles : souveraineté des données, contrôle de l’information stratégique et compétition autour des minerais critiques.

Conservés à l’Africa Museum de Tervuren, ces fonds documentaires représentent près d’un demi-kilomètre de rayonnages. Ils comprennent des rapports de missions, des cartes géologiques détaillées et des relevés techniques établis par les anciennes sociétés minières du Congo belge. Pour de nombreux experts, ces documents constituent une base de données historique d’une valeur scientifique et économique considérable.

L’intérêt actuel pour ces archives s’explique par un facteur clé : elles pourraient contribuer à localiser ou affiner l’exploration de minerais stratégiques tels que le lithium, le cobalt ou le cuivre, indispensables à la transition énergétique et aux technologies modernes.

La Belgique a lancé, il y a deux ans, un programme de numérisation soutenu par l’Union européenne afin de préserver et moderniser l’accès à ces archives. Toutefois, la société américaine KoBold Metals, spécialisée dans l’exploration minière assistée par intelligence artificielle, a exprimé le souhait de participer à ce processus pour accélérer la cartographie des ressources africaines. Un accord de principe avait d’ailleurs été signé à Kinshasa avec l’ancien ministre des Mines, Kizito Pakabomba.

Les autorités belges s’y opposent pour l’instant, invoquant l’absence de lien contractuel formel et le risque d’octroyer un avantage exclusif à une entreprise privée sur un patrimoine documentaire sensible.

Pour Me Hur Assani, la décision relève juridiquement de la compétence belge, puisque les archives sont conservées sur son territoire. Toutefois, il estime que l’État congolais ne devrait pas rester passif.

« Au-delà des enjeux diplomatiques ou politiques, il y a des enjeux économiques majeurs », explique-t-il. Selon lui, si une entreprise américaine, soutenue indirectement par Washington, obtenait un accès privilégié à ces données stratégiques, cela pourrait créer un déséquilibre significatif dans la compétition mondiale autour des minerais critiques et des nouvelles technologies.

L’avocat plaide pour une initiative portée officiellement par le gouvernement congolais. Il suggère une démarche concertée entre le ministère de la Culture et des Arts et le ministère des Mines, avec l’appui d’institutions techniques telles que l’Institut des musées nationaux congolais et le Musée national de la RDC.

Deux options juridiques pourraient être envisagées : engager un processus de désaffectation permettant de revoir le statut des archives, ou démontrer qu’elles constituent un bien du patrimoine culturel congolais susceptible de restitution. Une fois cette étape franchie, leur numérisation pourrait servir directement les intérêts stratégiques de la RDC.

Selon Me Assani, l’accès à ces données pourrait renforcer la politique nationale minière, améliorer la cartographie des sites via le Cadastre minier et optimiser l’attribution des concessions.

Pour de nombreux analystes congolais, l’affaire dépasse la seule question patrimoniale. Elle s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par une compétition accrue pour les minerais critiques et par le rapprochement stratégique entre la RDC et les États-Unis.

À travers ces archives, c’est donc moins le passé colonial qui se joue que l’avenir économique et technologique du pays.

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